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Lorenzaccio
Alfred DE MUSSET

 

Genre :

  Théâtre , Classique
Mise en scène :  Jean-Pierre VINCENT
   Avec : Olivier Angèle, Valérie Blanchon, Fabien-Aïssa Busetta, Xavier Clion, François Clavier, Philippe Crubézy, Bernard Ferreira, Eric Frey, Alexandra Giuli
Adaptation de : version scénique : Bernard Chartreux : Jean-Pierre Vincent
Assistant : Sophie Lecarpentier, Sophie Lecarpen
Décor : Jean-Paul Chambas
Musique : Chanson de « Giomo » Olivier Angèle
Costumes : Patrice Cauchetier
Lumière : Alain Poisson
Dramaturgie : Bernard Chartreux, Maître d’armes : Bernard Chabin
Durée :  4 heure(s) et 0 minute(s)

Planning :
 

Cour d'Honneur du Palais des Papes
  Avignon
Tel: 0490141414
  du 26/07/2000 au 30/07/2000 à 23:00
Jours:
   
Théâtre Nanterre-Amandiers ( Nanterre )   du 12/10/2000 au 18/11/2000
Bonlieu (Scène Nationale) ( Annecy )   du 23/11/2000 au 26/11/2000
Le Quartz ( Brest )   du 06/12/2000 au 09/12/2000
La Filature ( Mulhouse )   du 14/12/2000 au 17/12/2000
Théâtre du Nord ( Lille )   du 04/01/2001 au 14/01/2001
Théâtre des Treize Vents ( Montpellier )   le 18/01/2001
TNB Salle Vilar / salle Serreau ( Rennes )   du 24/01/2001 au 03/02/2001
Léonard de Vinci Théâtre des Arts ( Rouen )   du 07/02/2001 au 10/02/2001



Lorenzaccio, écrit en 1833, n'a été créé qu'en 1896 par Sarah Bernhardt  : la tradition de faire jouer le rôle-titre par une femme dura de nombreuses années. La pièce aurait dû être jouée plus tôt, six ans après la mort du poète, dans une adaptation du frère de Musset, Paul mais, même en 1863, elle fut interdite par la censure. Lorenzaccio n'a jamais été représenté intégralement. C'est toujours à une version scénique partielle et singulière que l'on assiste.

Le spectacle de Jean-Pierre Vincent sera fondé sur une version scénique établie par Bernard Chartreux et Jean-Pierre Vincent, qui conserve les trois quarts du texte. L'objectif étant de conserver à cette écriture libérée des carcans matériels car Musset ne l'a pas écrite directement pour la représentation- l'ensemble de ses mouvements proliférants, confrontés à l'itinéraire solitaire de Lorenzo.

InvitÈs Témoignages des spectateurs

InvitÈs

Gigantisme des lieux, la cour d'honneur d'Avignon, auquel répond un décor gigantesque ; une scène sans fin, démesurée au premier abord, comment occuper un tel espace ? Attendant les premières répliques, j'essaie de peupler la scène en pensée.
Première entrée, la scène n'est plus, la scène devient vivante. Elle ne cessera de se transformer : ville déserte, elle est soudainement envahie par une foule de fêtards ; elle devient chambre intime chauffée au feu de bois, chambre assassine et froide où un rendez-vous galant se transforme en guet-apens, lieu de complot, rue de Venise où Lorenzo meurt. La scène immense enfle ou se contracte, se fait tranchante ou accueillante, au rythme des successions de lieux.
Et face à ces changements, Lorenzo, le jeune noceur devient un héros tragique en endossant le rôle de libérateur, contre les attentes de ceux qui ne le voyait qu'insouciant. L'a-t-il été, insouciant ? Toujours, il semble flotter ; mêlé à la foule, il semble s'en détacher, jamais vraiment joyeux au côté du Duc, jamais conjurés aux côté des conjurés, il est seul, solitaire même dans l'assassinat qu'il accompli avec l'aide d'un spadassin. Est-ce cette solitude qui rend son entourage si lent ? Car rien ne semble vraiment bouger en dehors de ce romantique. Lorsqu'il quitte la scène où se déplace vers un autre lieu, il laisse derrière lui un vide jamais comblé. La vie semble se retirer de l'endroit qu'il quitte, ses compagnons ne vivaient que par sa présence. Malgré moi, je suivais sa lumière sombre et son destin, insensible aux autres, à ceux qui ne semblaient pas être vivant, ni même présents. Son seul pendant, la force lumineuse du Tiran, le Duc qui l'a humilié et réveillé. Autour de ces deux personnages, la vie n'étincelait pas, semblant perdue, comme oublié, délaissée au profit de la partie prestigieuse d'une partition théâtrale.
Dans mes souvenirs, les conjurés ne sont qu'une images, les frères Strozzine sont qu'arrêtés, leur soeur meurt, le cardinal est rouge et surveille sa soeur amoureuse du Duc ennemi ; ne me reste qu'une impression de lente et vague intrigue, sans réelle cohésion autour du frêle Lorenzaccio qui pourtant joue sa vie pour leur idéal. Et, culminante, je revois une barque sans fond, dans lequel deux hommes ont pris place et, sur leurs jambes, entourés comme par un tutu du bois de l'embarcation, ils rejoignent, ridicules, les bannis...

  Frédéric  Bourg   

 

InvitÈs

Noir sur le plateau. Soudain brouhaha et mouvement, bruits et lumières; l'histoire se noue, les fils se tissent. Que reste t-il de ce chaos, une fois la scène vidée? Florence, sous la coupe et sous la cape des soldats allemands. J'ai vu dans cette Florence qui essaie de résister une part de notre histoire. Mais pas immédiatement. Je ne l'ai compris qu'avec la fête des Nazi (appuyez bien sur la première syllabe et vous entendez fort différemment le mot). J'ai alors compati avec la ville impuissante lorsqu'elle se faisait bousculer et injurier, sans avoir d'autres réponses que la fuite clandestine ou l'assassinat isolé dans la nuit. J'ai lu dans cette nuit florentine les pages sombres de l'histoire, comme l'Église pousser la beauté dans l'alcôve de l'ennemi. J'ai été alors frappé par le costume rouge impeccable du cardinal dont on gardait toujours le respect, malgré la crapule qui le porte. Aussi à partie de ce moment, après le chantage affectif qu'exerce le cardinal, j'ai observé la confrontation entre débauche/ corruption (le Duc et son compagnon Giomo) et l'héroïsme/ résistance (Pierre et Thomas Strozzi). Entre les eux j'ai apprécié de voir le peuple (les deux marchands) pester vainement contre l'ennemi tout en lui vendant bijoux et draperie. Lorenzo est condamné, par sa diction étrange à être irrémédiablement considéré lui aussi comme un étranger envahisseur.
En même temps se superpose l'imaginaire du palais, dont on semble n'apercevoir que les hauts murs sur scène. D'après le jeu des acteurs je l'ai imaginé froid, grand, sombre (comme l'éclairage de la scène le suggère). Si j'avais à le décrire je dirai que c'est une sorte de hall inhabité, aussi bizarre que cela puisse paraître. On y ressent la menace, assez peu l'atmosphère orgiaque qui est perceptible de l'extérieur (c'est-à-dire par des personnages qui l'imaginent, je pense aux deux marchands, ou au début l'arrivée du carnaval dans la ville). La chanson de Giomo, très inquiétante confère au palais cette froideur dont je parle. Je regrette de n'avoir pas imaginé du tout la scène fontaine (où Lorenzo se rend, amis qu'on ne voit pas), non qu'elle fusse bien ou mal jouée. Là n'est pas le problème, car je m'attendais à y retrouver l'émotion que cette scène m'avait procurée lors d'un Lorenzaccio monté il y a deux ans je crois au Théâtre du Chêne Noir, à Avignon, qui avait un certain succès. Par contre, la mise en scène de Jean-Pierre Vincent m'a bien permis de visualiser la place de la ville, qu'entourent les hauts murs du palais du duc et les Allemands. A l'extérieur, c'est toujours furtif, menaçant, la nuit, ou craintif le jour. A l'intérieur, les bruits de rébellion ne doivent pas passer les fenêtres. Voilà ce qui m'a frappé et les images pour ainsi dire qui se sont gravées dans ma mémoire. La plus frappante restera la chambre de Lorenzo (que j'imaginais volontiers avec du parquet, entre deux portes comme une antichambre, avec des tapisseries rouges et mêmes des dorures (bien que sur scène il n'y ait qu'une alcôve)) et le meurtre du duc.
Enfin, un mot sur la nécessité de jouer les classiques, qui ici se justifie pour moi sur l'interrogation de la démocratie. La question que Jean-Pierre Vincent m'a posé est l'engagement du citoyen vis-à-vis du pouvoir. doit-il se battre pour sa liberté, quitte à mourir stupidement comme l'étudiante d'une balle dans le ventre? Doit-il laisser les Grands (le pape, l'empereur, les familles) décider pour lui? Voir la démocratie escamotée par les Huit et mourir gratuitement des hommes (Lorenzo, fille de Philippe, le duc lui-même) m'amènent alors à constater amèrement l'absurdité fondamentale de la vie et de la société.

  Clément  Martineau   

 

InvitÈs Dossier de Presse

InvitÈs

Durant l'automne de 1833, sur un canevas préalable de George Sand, Musset rédige dans la fièvre Lorenzaccio, sous-titré Pièce de théâtre. La bataille des Romantiques contre la forteresse néo-classique bat son plein. Musset se lance dans une quête violemment personnelle  : son chef-d'œuvre ne ressemblera à aucun autre. C'est un acte solitaire, unique et sur-dimensionné. Les autres drames romantiques y volent en éclats, en une polyphonie sans exemple dans le théâtre français. Dans l'actualité même de ses désordres, de ses tumultes et de ses incertitudes, Lorenzaccio nous renvoie à des événements majeurs du millénaire que nous sommes en train de quitter  : la naissance douloureuse des cités entre Moyen-Age et Renaissance, le XIXème siècle et ses Révolutions, les crises de la société moderne, les questions de l'unité nationale et surtout la naissance à partir de 1830 du mythe de la jeunesse, libre et douloureuse, qui n'a cessé de se développer sous de multiples formes jusqu'à nous.

Dans une scène de la pièce, le jeune peintre Tebaldeo montre son tableau à Lorenzo, qui lui demande “ Est-ce un paysage ou un portrait  ? Dans quel sens faut-il regarder, en long ou en large  ? ” Au-delà de la plaisanterie sur ce que Musset appelle déjà “ l'art moderne ”, cette phrase renvoie au drame lui-même, irrecevable pour son époque, que Musset s'ingénie à produire  : c'est le portrait d'un héros (ou plutôt d'un anti-héros qui ressemble par plus d'un trait à son auteur) et c'est le paysage d'une ville, d'un monde. Les deux sont indissociables, et toute version qui sacrifierait l'un à l'autre, détruirait le fragile édifice.C'est bien sûr l'histoire du personnage exceptionnel et contradictoire dont la pièce porte le nom, mais aussi autour de lui d'une foule de destinées divergentes, d'un affolement de la vie dans un temps où “ tout ce qui était n'est plus  ; tout ce qui sera n'est pas encore ”  : une époque en dangereuse bascule à l'image de la nôtre et du tournant que nous allons fatidiquement prendre, entre le crépuscule étouffant d'un siècle et l'aurore énigmatique d'un autre.

Le voyage vers ces grands textes se fait toujours à double sens  : ces chefs-d'œuvre nous scrutent et nous révèlent autant que nous les scrutons. Ils sont pour nous des repères. Non tant parce qu'ils sont parfaits que parce qu'ils sont truffés de mystères et de questions.



Jean-Pierre Vincent Le metteur en scène  : Jean-Pierre Vincent

Il a fait ses débuts en compagnie de Patrice Chéreau, au Groupe théâtral du lycée Louis-le-Grand, en 1958. Il signe sa première mise en scène en 1963. Entre 1968 et 1975, il fonde et dirige avec Jean Jourdheuil le Théâtre de l'Espérance puis le Tex-Pop. De 1975 à 1983, il dirige le Théâtre national de Strasbourg. De 1983 à 1986, il est administrateur général de la Comédie-Française. Metteur en scène sans théâtre fixe ensuite, il prend la direction du Théâtre des Amandiers de Nanterre, en 1990. Parmi ses mises en scène les plus récentes, Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux (1997), Le Tartuffe ou l'Imposteur de Molière (1998), Pièces de Guerre d'Edward Bond (1999), Homme pour Homme de Brecht (2000), Mitridate de Mozart au Châtelet (2000).



Entretien

- Quels choix opère votre mise en scène ?

- Au moment actuel de notre travail, je sais que nous opterons pour un décalage par rapport à l'image classique de Florence et de la Renaissance. On peut fonder une mise en scène sur cette idée de Renaissance, ou bien l'époque de l'écriture (1833) ou bien encore les échos contemporains, puisque cette Florence peut faire penser à tous les lieux de tyrannie, d'occupation étrangère, que nous connaissons encore Cela se passe au pays de Lorenzaccio, qui n'existe qu'au théâtre et où se dévoilent une oppression et les réactions possibles à cette oppression. Je ne me réfère pas à mes travaux antérieurs sur Musset. Lorenzaccio est une énorme bulle dans l'histoire du théâtre, un objet unique. Il nous faut en respecter la force et l'énergie particulières. La pièce est bâtie sur plusieurs intrigues qui s'enchevêtrent, mais qui sont filtrées, justifiées par l'itinéraire de Lorenzo. C'est le portrait d'une ville et c'est le portrait d'un homme, qui ressemble en partie au Musset réel, en partie à un Musset fantasmé par lui-même. Alfred de Musset avait le même âge (23 ans) quand il a écrit Lorenzaccio que le Lorenzo historique quand il a tué Alexandre de Médicis. Il est évident qu'il a songé à cette équivalence biographique.

- On parle beaucoup de modernité. Lorenzaccio appartient-il, selon vous, à cette révolution là ?

- Je pense aussi à Bûhner, parce que Woyzeck et Lorenzaccio sont les deux premières grandes pièces modernes. Bûchner écrit la Mort de Danton au moment où Musset écrit Lorenzaccio. Il y a chez Musset et chez BM-^_chner la volonté d'utiliser Shakespeare et Schiller pour parler de leur temps de façon libre et brûlante. Lorenzaccio pourrait s'appeler La Mort de Lorenzo (au moins autant que La Mort d'Alexandre). C'est l'histoire de la mort d'un homme, des comment et des pourquoi de cette mort. Et c'est aussi l'histoire d'une génération, ou de ses cauchemars politiques, au moment où les romantiques français inventent le mythe moderne de la jeunesse  : jeunesse désorientée, turbulente et inquiète, qui sent son avenir bloqué. Cette jeunesse-là qui vient jusqu'à nous. Lorenzaccio est le théâtre de cette crise continuelle de l'ère moderne.

- A Nanterre, vous travaillez depuis plusieurs années avec une équipe de jeunes acteurs. Nous allons les retrouver dans cette mise en scène ?

- Lorenzaccio implique presque nécessairement d'être conçu à partir d'un groupe d'acteurs, d'une troupe. Bien sûr, un acteur (ici Jérôme Kircher) a la rude tâche d'assumer le rôle mythique du jeune homme, entre dépravation et angélisme, rêve messianique et impitoyable pessimisme. Mais autour de lui, c'est une sarabande de personnages qui souvent n'apparaissent que le temps d'une scène. Il faut donc syncrétiser la distribution. Ici elle sera ramenée à vingt-deux acteurs jouant soixante-cinq personnages. Au-delà du nombre et des chiffres, il faut surtout inventer un style de travail, un partage du sens et une énergie commune. C'est pourquoi aussi on y retrouvera un effet de troupe regroupant beaucoup d'acteurs ayant travaillé récemment dans les créations des Amandiers. Il appartiendra à ce groupe de comédiens de jouer Lorenzaccio dans l'entièreté de ses directions possibles, et selon le sous-titre inscrit en tête du manuscrit  : "Pièce de Théâtre ". A ce théâtre impossible, écrit pour être lu et rêvé, il faudra donner chair et sang. Ne jamais cesser de se sentir comme des acteurs en train de manipuler, projeter, donner à entendre et à comprendre ce songe noir et bariolé, tout en restant eux-mêmes. Un travail dense et léger à la fois.

- Mais cette multiplicité des directions possibles se devinera sous une ligne directrice, dans un mouvement général. Quel sera le grand dessein de votre mise en scène ?

- Ce sera une sorte de "voyage des comédiens ", et aussi une sorte de carnaval qui n'aurait pas pour référence explicite et visible les carnavals de la Renaissance, mais cette danse au bord du gouffre que d'autres artistes modernes ont su si bien évoquer.

 

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