Accueil - Qui sommes nous ? - Les spectacles à l'affiche - S'inscrire - Espace inscrits - Regards vers l'extérieur
Passion Théâtre sur Internet      Fiche Spectacle
InvitÈs Témoignage des invités Artistes Réponse des artistes
Professionnels Critique des professionnels   Dossier de presse Dossier de presse

Le révizor (l'inspecteur général)
Nicolas GOGOL

 

Genre :

  Théâtre
Mise en scène :  Matthias LANGHOFF
   Avec : Jean-Marc StehléM-J: Anton Antonovitch Skvoznik-Dmoukhanovski, le Bourgmestre: Muriel MayetteM-J: An
Traduction de : André Markowicz
Décor : Luis Yerly
Musique : Alfred Schnittke M-G Gogol Suite M-H, Musiciens, Youlia Zimina, Vadim Sher
Costumes : Catherine Rankl
Assistante à la mise en scène Martine Colcomb

Planning :
 

La Filature
20 allée Nathan Katz   Mulhouse
www.lafilature.com
Tel: 0389362828
  du 24/03/2000 au 28/03/2000 à 23:00
sauf lundi 28 relâche
Jours: dimanche 26 à 15h30
   
Théâtre Nanterre-Amandiers ( Nanterre )   du 23/03/1999 au 25/04/1999
Théâtre Nanterre-Amandiers ( Nanterre )   du 23/03/1999 au 25/04/1999
Théâtre National Wallonie Bruxelles ( Bruxelles / Belgique )   du 08/02/2000 au 12/02/2000
TNP Théâtre National Populaire ( Villeurbanne cedex )   du 06/03/2000 au 11/03/2000
Théâtre des Salins ( Martigues )   du 16/03/2000 au 18/01/2000
TNT Théâtre de la Cité ( Toulouse )   du 06/04/2000 au 15/04/2000



L'histoire se passe dans une petite ville de province. Arrive Khlestakov, petit fonctionnaire que tous prennent pour L'Inspecteur général (revizor en russe) chargé de superviser la gestion du district et dont la rumeur annonçait la venue incognito. Le Bourgmestre, sa famille, les notables locaux affolés (l'honnêteté n'est pas leur principale qualité) cherchent à se concilier ses bonnes grâces, offrant faveurs et cadeaux au jeune homme qui, d'abord surpris, ne fait rien pour dissiper le malentendu.

InvitÈs Témoignages des spectateurs

InvitÈs

Au milieu de la scène, une construction en bois, comme un grand cylindre, en tournant il nous dévoile des espaces nouveaux dans lesquels les acteurs se déplacent, c'est un décor à étages, de telle sorte que les acteurs peuvent se mouvoir aussi en hauteur, sans compter que le décor qui bouge et se transforme sans cesse permet un multitude de configurations des lieux! Si je commence par parler du décor c'est qu'il tient la place centrale dans la mise en scène. Mais c'est à un point tel que le bruit du décor qui bouge sans cesse couvre la plupart du temps les voix des acteurs. Pendant les deux ou trois premières scènes, je n'ai vu et entendu que le bric-à-brac bruyant du décor. Les acteurs parlent bas, vite et assez souvent le dos tourné au public! Heureusement que je me souvenais un peu de l'histoire de la pièce. Je résume: un inspecteur général est attendu dans une petite ville du fin fond de la Russie, tous les notables de la ville, qui ont de menus ou de gros détournements de fonds et des interprétations douteuses de la justice sur la conscience, paniquent, à tel point que le premier inconnu qui se présente est immédiatement pris pour l'inspecteur général. Le spectateur comprend évidemment immédiatement que cet inspecteur général n'est qu'un fils de famille sans le sou, fuyant je ne sais quelle dette de jeu; son comportement et ses propos un peu décousus passent pour le dernier chic petersbourgeois chez ces "ploucs", gagne-petits de Russie centrale qui n'ont de cesse de gagner ses faveurs en lui offrant de l'argent, et éventuellement leur femme ou leur fille. Au début donc je n'entendais pas grand chose à cause du bruit du décor et de la mise en scène agitée. La visite à l'auberge dans la chambre du jeune petersbourgeois sans le sou fait que le rythme de la pièce change enfin, se calme et surtout le décor arrête (presque) de tourner. On a droit à un petit sketch assez réussi à la Buster Keaton. Mais surtout j'entends enfin ce que disent les personnages sur scène. Retour dans la maison du gouverneur pour une scène vraiment hilarante entre la femme du gouverneur et sa fille. Mais juste après mon intérêt retombe. Entracte. Il faut se remettre à cette histoire pas très intéressante. J'espère alors d'autres scènes hilarantes, d'autres sketches mais je trouve dommage d'en être réduite à guetter des moments où grâce au jeu des acteurs la pièce décolle un peu, j'ai envie de supprimer ce décor qui tourne sans cesse, j'ai envie de revenir au texte et au jeu, sans toutes ces machineries ingénieuses et bruyantes dont je ne comprends pas bien la signification.

  Anne  Epaulard   

 

InvitÈs

Ce soir-là le spectacle était majestueux: l'immense scène du Théâtre des Amandiers habitée par un décor Deus ex Machina tournant pour marquer le rythme des scènes, une fresque impressionnante dont nous découvrîmes au fur et à mesure de l'intrigue le motif dramatique, une histoire étourdissante de joyeux quiproquos, des chants russes à la beauté envoûtante , mystérieuse, profonde, un Revizor pétaradant à la grâce délicate et à la diction goûteuse tous les ingrédients étaient réunis pour une rencontre d'exception, rare, simple, authentique. Je frétillais par avance de bonheur sur mon siège. Pourquoi alors n'ai-je pas été happée dans ce tourbillon?

Est-ce la longueur de la mise en scène: 3h30, après une journée de travail c'est long, mais bon les trouvailles de la mise en scène alliant grotesque et fantaisie me firent presque oublier ces 3h30. Est-ce le décor trop utilisé, trop présent: c'est vrai elle est originale cette tour-manège. Une fois elle tourne, c'est magique; deux fois, elle tourne, je découvre les yeux écarquillés un autre décor inattendu; trois fois, elle tourne, tiens, je n'avais pas remarqué cet escalier dérobé; quatre fois, elle re-tourne, ces portes qui claquent ça donne un rythme!, 10 fois 15 fois STOP, j'ai le tournis. Est-ce la trop pesante première partie de spectacle, avec ces notables bien établis mais parfois si jeunes, à peine audibles Est-ce le parti pris du metteur en scène délibérément farcesque jusqu'à l'excès, pour cette pièce de Gogol que je reçois comme une illustration de la bassesse humaine, de ce qu'il y a de plus vil dans notre nature, notre stupide esbaudissement devant le pouvoir, le renoncement total à notre dignité et à notre liberté face à l'homme de pouvoir.

J'aimerais tant ne pas me reconnaître dans ces personnages, et pourtant, dans ma vie professionnelle, ne suis-je pas éblouie, jusqu'à perdre la moindre distance critique, par mon brillant collègue polytechnicien. Comment avons-nous pu prendre ce gringalet pour le Revizor demande l'un des notables une fois la cruelle méprise découverte.

Mais à l'annonce de l'arrivée du véritable Revizor (où est la Vérité?), tous sont prêts à l'acclamer et à l'accueillir comme nousles stars du festival de Cannes. De notables, ils deviennent volontairement à nouveau esclaves. Finalement, le metteur en scène usant de la farce avec une subtile agilité nous renvoie à nos propres misères, à nos renoncements, à nos lâchetés

Vous riez? nous dit le gouverneur un froid glacial dans le dos... non vraiment pas envie de rire.

  Régine  Coqueran   

 

InvitÈs

Je ne connaissais pas du tout cette pièce de Gogol, je savais seulement qu'il s'agissait d'une critique de la bureaucratie russe. L'histoire m'a touchée en ce sens qu'elle parait très actuelle et qu'elle m'a fait penser à des affaires récentes de pots de vin politiques qui ont défrayées la chronique (les HLM de Paris, l'attribution des marchés publiques...). Les acteurs ont tous des "gueules" bien particulières et qui correspondent assez bien à l'idée que je me fais des responsables d'un village perdu dans l'immensité russe : le bourgmestre avec son uniforme tout débraillé, le facteur qui ne peut pas s'empêcher de lire le courrier qu'il reçoit Entre deux scènes, ils entonnent tous une chanson russe à capella qui rappelle les longues complaintes russes. Malgré que le décor soit grandiose, j'avais un sentiment d'écrasement; c'était peut être parce que j'étais au deuxième rang.

Pour conclure, ce spectacle m'a beaucoup plus bien que la durée (trois heures trente avec un entracte d'un quart d'heure) entraîne une sortie du théâtre bien tardive (à minuit).

  Elisabeth  Clair   

 

InvitÈs

L'idée de revoir Révizor, vu il y a une vingtaine d'années et dont je n'ai gardé qu'un très vague souvenir, m'a séduit.

Le texte, entendu pour la dernière fois dans mon adolescence, est revenu dans ma mémoire avec des phrases célèbres, comme dites-leurs, dans la capitale, que quelque part existe Piotr Ivanovitch Bobtchinski, les phrases que j'étais pourtant incapable de situer dans la littérature juste avant le spectacle. Ces phrases "gogoliennes", décrivant la Russie des Tzars, cadraient bien avec l'image que je me fais du pays et de l'époque, complétant par ailleurs les impressions transmises par Marquise de Custine, dont les Lettres de la Russie du 1838 je viens de terminer.

L'arrivée dans une petite ville de province d'un personnage que les citoyens prennent pour un inspecteur général voyageant incognito, déclenche une fièvre à tous les niveaux sociaux, du bourgmestre à la cuisinière. Les uns ont peur de la mise en lumière de leurs corruption et malversations, les autres jubilent de la possibilité de dénonciation des concitoyens tantôt par vengeance, tantôt par l'espoir d'une carrière. Malheureusement pour eux, aussi bien le faux inspecteur que le vrai, qui apparaît avant la fin de la pièce, ne sont pas étrangers à cette belle construction sociale russe. Eux aussi proviennent du même moule que la population de la ville : escrocs, corrompus, avides d'argent et du pouvoir.

Mais déjà avant d'être plongé dans le texte de Gogol, dès la levée du rideau je me suis senti pris dans un engrenage d'une machinerie, correspondant bien à l'ambiance que j'ai ressentie par la suite. En effet, la scène des Amandiers, immense en réalité - il suffit de se rappeler Tartuffe - était cette fois carrément remplie, dans les trois dimensions, par une construction qu'initialement j'ai prise pour un bateau ou une usine. Cette construction, situé sur un énorme plateau tournant était composée de nombreuses pièces, elles-mêmes tournant sur d'innombrables axes, pivotant et se déplaçant dans tous les sens. Comme par des mouvements d'une baguette magique un bar se transformait en un lugubre hôtel qui, à son tour, laissait place à un somptueux appartement de bourgmestre tantôt remplacé par des rues de la ville et j'en oublie... Assis au premier rang, je me suis senti quasiment entraîné par cette infernale mécanique cadrant si bien avec l'implacable et non moins infernale structure de la société dépeinte par Gogol.

Les transformations du décor qui tournait accompagné parfois de chants russes, la composition presque chorégraphique de certaines scènes, comme celle ou le faux inspecteur, Khlestakov, tourne, mourant de faim, dans son hôtel en attendant un repas, la musique de chambre accompagnant des scènes dans le salon du bourgmestre, la querelle entre la mère et la fille du bourgmestre ou toutes les deux répètent à plusieurs reprises le même texte ont créé un rythme du spectacle me faisant passer trois heures et demi comme un instant. Fatigué par les musiques amplifiées, souvent d'ailleurs à faire exploser les tympans, je me suis régalé aux Amandiers à écouter la voix d'Emmanuelle Wion qu'aucun amplificateur ne défigurait (mais était-elle audible dans les derniers rangs ?).

Le décor et la mise en scène, toutes deux, oeuvres de Matthias Langhoff, me rappelaient tout au long de la représentation les créations de Savary, mais avec un bien meilleur - à mon avis - équilibre entre les différents composants du spectacle. En effet, dans les dernières pièces de Savary que j'ai vu à Chaillot les acteurs disparaissaient derrière la féerie des idées du metteur en scène (comme par exemple dans Cyrano). Dans Revizor de Langhoff tout était à sa place, tout était bien dosé, j'ai pu trouver la justification de tous les gags. Même les ballons faits avec du bubble-gum par la fille du bourgmestre avaient un sens, évoquant l'immortalité de la problématique traitée sans nécessité de transformation de tous les détails à la réalité actuelle. Les énormes rats apparaissant sur la scène à la fin de la pièce m'ont laissé une image forte - de cette incurable maladie qui ronge comme la peste la société russe - qu'il s'agisse de la Russie de Tzars, de Soviets ou de la mafia.

  Jurek  Prokuratorski   

 

InvitÈs Dossier de Presse

InvitÈs

Achevé en décembre 1835, autorisé par la censure en mars 1836, L'Inspecteur général (le Revizor) qui reçoit le soutien du Tsar et de Pouchkine fut joué à Petersbourg le 19 avril de la même année, et le 25 mai à Moscou avec à chaque fois les acteurs les plus célèbres des deux villes. Malgré le succès foudroyant qui accueillit les représentations, Gogol resta profondément mécontent et meurtri par ce qu'il considérait comme une trahison : joué en vaudeville, le Revizor perdait sa portée métaphysique et sa valeur humaine pour ne laisser place qu'à ce qui lui paraissait une caricature insupportable."Nos nouveautés littéraires de Petersbourg sont assez pauvrettes. Mais dis-moi, je te prie pourquoi me parlez vous tous du Revizor ? Pourquoi me dire qu'on la joue chaque semaine, que le théâtre est plein ? etc. Quelle est cette comédie ? Ma foi, je ne comprends rien à ce mystère. Tout d'abord je me fiche du Revizor, mais ensuite (..) à quoi sert tout cela ?(...) Mais toi ! Quelle honte ! Tu me croyais capable de tant de mesquine vanité ?(..) L'espace qui nous sépare a englouti tout ce qu'un poète se reproche au fond de son âme. Je suis épouvanté quand je me rappelle tous mes gribouillages. Mon âme réclame l'oubli, un oubli prolongé. S'il existait une mite capable de dévorer d'un seul coup tous les exemplaires du Revizor et avec lui les Arabesques, les Soirées et autres fariboles, et que pendant longtemps on ne parle plus de moi, je remercierais le destin.(extrait d'une lettre envoyée de Paris à Prokopovitch en janvier 1837)



Loin de la capitale, la bureaucratie, selon Gogol, dispose d'une autonomie absolue. Dans l'immensité de la Russie, le pouvoir central, lointain, impuissant ne fonctionne plus que pour luimême. Aujourd'hui, les capitales semblent ne plus avoir de raison d'exister dans une Europe en construction qui ressemble à une vaste province privée de centre. Aujourd'hui, bureaucratie et corruption sont des sujets de préoccupation majeure. Et si, depuis la chute de l'Union Soviétique, la dictature de la bureaucratie s'étendait sur la totalité de l'Europe ?



-----



à propos de L'Inspecteur général André Marcowicz

Par la volonté d'Antoine Vitez, Le Revizor est la première pièce que j'aie traduite. J'ai travaillé pendant un peu plus d'une année. Antoine Vitez lui-même traducteur du russe, a suivi mon travail de la première à la -dernière ligne-.- Dès- que, j'avais fini un acte, je lui envoyais ma version, et il me recevait dans son bureau à la Comédie Française. Il me consacrait un temps dont je pouvais déjà mesurer combien il était précieux. Ma traduction enfin prête, devait être reçue par le Comité de lecture le 2 mai. Le 30 avril, j'ai reçu un mot d'Antoine Vitez me donnant rendez vous pour le 2 mai. Lorsque cette lettre qui me disait "à bientôt" m'est parvenue, il venait de mourir. Le texte a été reçu par le Comité de Lecture, devant un fauteuil vide. J'ai depuis toujours un peu l'impression de travailler devant un fauteuil vide.



La traduction a été acceptée à l'unanimité mais les problèmes de mise en scène qui n'ont cessé de s'accumuler ont fait que, depuis dix ans, le Revizor a fini par m'apparaître comme une sorte de pari impossible. Le plus étrange est qu'au moment où le pari semble devoir être tenu, il le soit en double, selon une thématique tout droit sortie des contes de Gogol : Matthias Langhoff après avoir renoncé à monter le Revizor à la Comédie Française, le donne au Théâtre des Amandiers après le Théâtre National de Bretagne et Jean-Louis Benoît le donne lui, à la Comédie Française. Il y a donc au même moment, deux fois la même pièce dans une mise en scène différente et dans une traduction à la fois identique et différente, puisque, la reprenant à tant d'années de distance, je l'ai entièrement revue. Or Matthias Langhoff joue cette version revue alors que Jean-Louis Benoît reste plus proche de la version orginale.



du Revizor à L'Inspecteur général

Revizor est un mot russe d'origine française qui désigne la fonction officielle, mais anonyme d'un inspecteur envoyé par l'administration centrale pour superviser incognito la gestion d'un district. Si l'inspecteur était connu, il n'y aurait pas de confusion possible et donc pas de pièce. Soit on considère, comme le premier traducteur de la pièce, Prosper Mérimée, qu'il s'agit d'une fonction anonyme, redoutable, prestigieuse et que le terme Revizor qui contient en soi l'idée de révision, donc de supervision est assez explicite pour passer tel quel en français ; soit on considère, comme Matthias Langhoff qui a aussi l'exemple des traductions allemandes pour référence, qu'il s'agit de faire passer ce que dit actuellement ce mot pour un spectateur actuel, et le revizor est un inspecteur général, ou un inspecteur en chef, mais la première solution a semblé préférable, l'essentiel étant de faire passer l'idée d'un espion autoritaire, d'un juge délégué par l'administration centrale.. On pourrait consacrer une thèse à un tel choix de traduction pour le titre et épiloguer sans fin sur les choix de mises en scène qu'il suppose.



J'ai donc commencé par reprendre ligne par ligne ma traduction, puis j'ai proposé une nouvelle version qui a été soumise à un feu roulant de questions. Le grand intérêt de ces questions pour moi était que Matthias Langhoff partait des traductions allemandes

dont il disposait, et passant de l'une à l'autre, essayait de comprendre leurs distorsions grâce au français.



Ensuite le travail s'est situé sur un autre plan, à savoir l'adaptation au travail scénique : revizor oit inspecteur - général,- cela seul, implique une -compréhension et une mise en scène différentes, mais la fin de la pièce- -pouvait-elle être gardée telle quelle, alors que pour Matthias Langhoff, le passage du XIXème siècle au XXème siècle est précisément marqué par le fait que la référence à un jugement dernier est devenue impossible ? Il y a là un basculement qu'il était nécessaire, selon lui d'intégrer.



De même, soucieux d'inscrire sa mise en scène dans une histoire des mises en scène successives de la pièce, Matthias Langhoff a-t-il travaillé le texte de manière à être en accord avec la marque qu'il voulait laisser, en continuité notamment avec la mise en scène de Meyerhold. Faire de cette mise en scène, grâce au décor, un hommage à Meyerhold et faire de l'oeuvre majeure du théâtre comique en Russie une ouverture sur les expériences les plus novatrices du théâtre, c'était une gageure.



André Markowicz (d'après un entretien paru dans le Journal du TNB-Rennes)

Il y a eu Philoctète de Heiner MM-^_ller, Ile du Salut d'après La Colonie pénitentiaire de Kafka, Femmes de Troie d'après Euripide : une trilogie ni héroïque, ni martiale sur le thème de la guerre. Trois spectacles pour dire ce qui se passe lorsque, une fois les combats terminés, ne restent que des vies détruites. Après quoi, Matthias Langhoff met en scène la farce satirique de Gogol, Le Revizor, sous son titre français L'Inspecteur général..-On y voit -les aventures et- mésaventures d'un jeune homme, joueur malheureux, débarquant dans une petite ville provinciale. A partir de là, tout le monde le prend pour l'inspecteur chargé de vérifier les comptes, dont la rumeur a annoncé la venue incognito.(...) Le thème se trouve donc en rupture totale avec "les pièces de guerre", à l'exception peutêtre de L'Ile du Salut, le plus kafkaien des contes de Kafka, centré sur une machine infernale, mortelle autant qu'inutile. Cette fatalité de l'absurde poussée à l'extrême pourrait très bien avoir un lien de parenté avec la force comique de Gogol, avec sa façon absolument hors-morale de montrer les comportements irrationnels de personnages cupides, stupides, malgré tout attachants.



C'est en tout cas ce que pense Matthias Langhofff, qui depuis longtemps entretient une histoire d'amour avec L'Inspecteur Général, l'une des premières pièces mise en scène après la guerre par son père Wolfgang Langhoff. Après l'exil, il venait de retrouver Berlin, de prendre la direction du Deutsche Theater et de sa troupe, composée d'acteurs célèbres ayant fait carrière pendant la période hitlérienne. C'est pourquoi il fit appel à un autre exilé, Curt Bois, petit de taille, merveilleux acteur malicieux et lunaire - on a pu le voir en bibliothécaire angélique dans Les Ailes du Désir, film de Wim Wenders."Il était trop vieux, se souvient Matthias Langhoff, et d'une certaine manière complètement à côté du rôle. Mais c'était la revanche du petit juif sur les grosses vedettes nazies et c'était merveilleux".



L'enchantement d'un souvenir de jeunesse n'est pas son seul motif pour aborder L'Inspecteur Général qu'il voit comme le premier acte d'un travail sur Meyerhold et "son système pour lin théâtre au milieu du chaos". Un système, d'ailleurs, dans lequel pourrait s'inscrire l'ensemble de ses spectacles. Seulement, cette fois, il n'a plus à faire à un poème dramatique de Heiner MM-^_ller composé par fragments, à l'adaptation d'un récit littéraire, à une tragédie grecque entrecoupée de textes divers. Il s'agit cette fois, d'un vaudeville du siècle dernier, fermement construit, efficace, dans la traduction nouvelle et fidèle d'André Marcowicz, jouée sans morceaux rajoutés - ou presque."Je n'ai rien contre l'efficacité d'une construction classique, qui, en fait pose des problèmes compliqués à résoudre : il faut comprendre comment elle fonctionne, en explorer toutes les possibilités sans la casser. Mais le cadre de la province, le thème de la corruption, de la toute puissante administration est infini. On peut y bouger, on n'est pas muselé. L'histoire repose sur des situations concrètes, contemporaines. Comme si depuis la chute de l'Union Soviétique, la dictature de la bureaucratie s'était étendue à la totalité de l'Europe."



-----



A la fin de 1842, Gogol esquissait un Avertissement à ceux qui désiraient jouer Le Revizor correctement (Publié seulement en 1886. Gogol n'en avait mis au net que les premières pages, le reste est demeuré à l'état de brouillon) : il reprenait la caractéristique de ses personnages, l'approfondissait- et, multipliait -les indications aux interprètes.



"Surtout, il faut redouter de tomber dans la caricature. Les derniers rôles même ne doivent manifester rien d'exagéré ou de trivial. Au contraire, les acteurs qui en seront chargés, veilleront à plus de modération, plus de simplicité. Moins les acteurs viseront à être drôles et à faire rire, et plus ils révéleront ce que leur rôle contient de ridicule. Ce ridicule se manifestera de lui-même dans le sérieux que chaque personnage apporte à ce qui le préoccupe. Seul le spectateur voit du dehors la futilité de ses préoccupations. Avant de s'emparer des marottes ou des mesquines particularités extérieures du rôle, un acteur intelligent s'efforcera d'en saisir l'expression universellement humaine. Le souci dominant du personnage, l'objet constant de ses pensées, le clou éternel fiché dans sa tête, la manière dont il dépense sa vie (..) Que l'acteur ne se préoccupe pas trop des scènes particulières et des détails. Ces petits accommodements ne sont que des couleurs ajoutées à un dessin conçu avec justesse. C'est le vêtement, le corps du rôle, non son âme. Donc, saisir l'âme d'abord et non le vêtement.



Surtout, qu'on n'oublie pas que dans toutes les têtes il n'y y a qu'une seule pensée : le réviseur. On ne s'occupe que de lui. Les craintes et les espérances tournent autour de ce personnage. Les uns espèrent se débarrasser des mauvais gouverneurs et des écumeurs de toutes espèces. D'autres voyant trembler les gens bien en place et les hauts magistrats, ressentent une peur panique".



En 1846, Gogol écrit un nouveau commentaire dialogué : Le dénouement du Revizor. A cette occasion Gogol fait expliquer la véritable clé du Revizor par Stchepkine :



"Considérez donc attentivement la ville décrite dans la pièce ! Tout le monde sait pertinemment qu'il n'existe pas en Russie, une pareille ville. Ne s'agit-il pas plutôt de cette clé de l'âme que chacun porte en lui ? Ne nous regardons pas avec les yeux d'un laïc,- ce n'est pas un laïc qui nous jugera (...) Ai-je vécu seulement pour faire le pitre ? Car il est terrible le réviseur qui nous attend à la porte de la tombe. Aussi estil préférable que chacun de nous procède lui-même à une révision de sa cité intérieure où ses passions se livrent à la débauche, tels d'abominables fonctionnaires pillant le trésor de l'âme.



Acteur comique qui vous ai fait rire, je pleure aujourd'hui. Laissez moi penser que mon activité est aussi honnête que n'importe quelle autre, que je sers ma patrie autant que vous, que je ne suis pas un futile bouffon destiné à divertir des gens frivoles mais un fonctionnaire honnête du grand Etat du Seigneur".



NiKolaï Vassilévitch Gogol-Yanovski



-------



Matthias Langhoff



Matthias Langhoff est né à Zurich en 1941 où son père, communiste allemand est en exil. A la fin de la guerre, il retourne -en Allemagne,-à, Berlin-Est où son -père est nommé directeur du Deutsche Theater. Matthias Langhoff travaille comme assistant au Berliner où il rencontre Hans Eisler, collaborateur de Brecht, et Manfred Karge avec qui il quittera le Berliner pour la VolksbM-^_hne où il rejoint Benno Besson. C'est le début d'une carrière de metteur en scène, d'abord en tandem avec Manfred Karge, puis en solitaire.



En 1987, on lui propose la succession de Benno Besson à la Comédie de Genève, il refuse et accepte en 1989 la direction du Théâtre Vidy Lausanne qu'il quitte en 1991.



De 1993 à 1995, il participe à la direction collective du Berliner Ensemble.



Depuis octobre 1996, Matthias Langhoff est conseiller artistique du Théâtre National de Bretagne Rennes. Il participe à la réflexion sur le nouveau projet. Il présente au moins une mise en scène par saison ; il est intervenant à l'Ecole de Comédiens et, à ce titre, a mis en scène Play Brecht, Play Villes pour la seconde promotion.



Il crée en février 1999 L'inspecteur Général de Gogol à Rennes (ville qui a produit et/ou accueilli huit de ses spectacles) après l'avoir répété au Théâtre des Amandiers en novembre-décembre 1998.

 

Accueil - Qui sommes nous ? - Les spectacles à l'affiche - S'inscrire - Espace inscrits - Regards vers l'extérieur