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Frères volcans (un livre-journal)
Vincent PLACOLY

 

Genre :

  Théâtre
Mise en scène :  Anne-Marie LAZARINI
   Avec : Hervé Bourde, Eric Delor, Claude Guedj, Isabelle Mentré, Louis Mérino, Raymonde Palcy, Andréa Retz-R
Adaptation de : Adaptation : Sylviane Bernard-Gresh
Décor : François Cabanat
Musique : Hervé Bourde
Costumes : Dominique Bourde
assistante à la mise en scène : Geneviève Yeuilla

Planning :
 

Théâtre Artistic Athevains
45 rue Richard Lenoir   Paris 11
Tel: 0143563832
Metro: Voltaire
  du 09/11/1998 au 09/12/1998 à 23:00
sauf relâches : 16, 27, 28 novembre, 4 décemb
Jours: mercredi, jeudi 19hOO, samedi, dimanche 16hOO
   
Théâtre Artistic Athevains ( Paris 11 )   du 22/03/1999 au 11/04/1999



Oeuvre étonnante et à multiples facettes, Frères Volcans, nous entraîne loin dans l'histoire des Antilles. A travers le journal d'un riche colon, le spectateur revit l'effervescence des jours qui ont précédés l'abolition de l'esclavage en 1848 en même temps que se dessine devant lui toute la culture de ces îles



Lorsque deux races se font face, l'une asservissant l'autre, il est clair que l'horizon de leur histoire se hérisse de piques et de lances. (Vincent Placoly Frères Volcans)

InvitÈs Témoignages des spectateurs

InvitÈs

Six acteurs, un musicien.

Une scène au sol rouge sang ou révolution (mais l'un va-t-il sans l'autre ?), meublée d'une longue table qui servira de scène annexe. Quelques piles de livres, une maquette de bateau, deux tas de sables en forme d'île de la Martinique. Voici les éléments du décor pour que puisse commencer "les frères volcans". Tout est basé sur la lecture d'un livre-journal de Vincent Placoly, relatant les jours qui ont entouré l'abolition de l'esclavage; jours de tensions, d'incertitude, d'incompréhension entre deux races et deux cultures. Cette lecture est remarquablement mise en scène par Anne-Marie LAZARINI. Les personnages, un couple de métis et quatre blancs jouent et chantent à la perfection aidés par un musicien qui rythme le temps. Lumière parfaite, jeu excellent des acteurs malheureusement déservis par un texte d'une affligeante platitude. Je n'ai jamais ressenti la flamme de la révolution dans le texte. Parmi les formules toutes faites, je n'en ai retenu qu'une : "la liberté vaut mieux que le travail"... Dommage, car le sujet de la pièce est intéressant. La période et l'histoire de ces iles mal connus en métropole. Je me demande pourquoi, il faut gâcher une telle ingéniosité de mise en scène, de tels talents avec une prose quelconque. D'intéressants commentaires furent effectués à la fin du spectacle. Il nous fut expliqué que le texte est extrait du seul livre écrit par un martiniquais sur les événements de l'époque. Le théâtre pratique beaucoup la mise en espace de textes, l'année étant consacrée aux Antilles(elle précise du reste que St John Perse y est né). Bref, je garde une impression mitigée de la pièce, mais je retournerai voir les acteurs dans d'autres rôles.

  Xavier  Soinard   

 

InvitÈs Dossier de Presse

InvitÈs

Dans Frères Volcans, Vincent Placoly, noir et antillais, prétend pour les besoins de la fiction romanesque, avoir découvert un "livre-journal", manuscrit écrit par un homme blanc en 1848. Le lecteur ne saura jamais quel est le nom du narrateur. Juste, qu'il s'agit d'un libéral, fils des Lumières, épris de littérature française  ; un humaniste nourri de Sophocle, de Montaigne et de Rousseau, qui a vendu toutes ses propriétés et affranchi ses esclaves. Las des frivolités, des futilités et de la bêtise du petit monde créole de la Martinique, il fuit l'étouffement de la colonie et se consacre, à l'abri de son atelier de reliure, à ses livres et à sa plume. Dépris du jeu social, il fait surgir le théâtre grotesque des gens de sa caste, un carnaval halluciné où derrière les masques grimace la mort. La maladie mine son corps et son âme comme un cancer mortel. C'est le désastre intérieur de celui qui pressent confusément le vent de l'Histoire qui va le balayer. Ainsi l'homme tient-il le journal de ces semaines d'écume et de braise qui précédèrent l'arrivée du décret officiel du 27 avril 1848.

D'une écriture brillante, alliant l'élégance cérébrale de la langue française du XVIllème siècle à la splendeur de métaphores nées de la réalité créole, il évoque l'atmosphère délétère d'une société blanche naïvement assoupie dans sa cruauté, la puissance souterraine des mouvements de révoltes noires, les chausse-trappes d'une abolition qui cache de nouvelles aliénations et de profondes injustices sociales  : un monde traversé de violence et de mort, ouvert pourtant sur des perspectives de rencontres et des possibilités de réconciliation. "Le roman vrai de l'esclavage reste à faire" conclut Vincent Placoly dans sa postface. Pour nous Frères Volcans constitue aujourd'hui le roman le plus vrai de l'abolition de l'esclavage.

Sylviane Bernard-Gresh





Vincent Placoly 1946-1992

Vincent Placoly est un enfant du Marin, petite commune au nord de la Martinique. C'est là qu'il est né le 21 janvier 1946, là qu'il a été enterré le 6 janvier 1992. Après des études secondaires brillantes au lycée Schoelcher de Fort de France, il vient à Paris faire sa khâgne au lycée Louis-le-Grand, puis ses études supérieures à la Sorbonne. C'est au collège Renan de Schoelcher (Martinique), qui porte aujourd'hui son nom, qu'il choisit d'enseigner. Romancier, dramaturge, essayiste, son oeuvre comprend des romans  : La vie de Marcel Gonstran (197 1), L'eau de mort Guildive (1973), Frères Volcans (Il 983), Une journée torride (1991), des oeuvres dramatiques Dessalines ou la passion de l'indépendance (1983, distinguée à la Havane par le prix CASA de las AMERICAS) Don Juan (1984), Mambo (Il 986), ... ) et de nombreux articles et essais. Co-fondateur du groupe Révolution Socialiste, c'est un militant de l'indépendance martiniquaise, un caribéen passionné qui porte les Antilles au coeur et qui se vit d'abord comme un latino-américain. Loin de toute chapelle, son oeuvre ne revendique aucune étiquette  : ni négritude, ni créolité. Elle est celle d'un grand amoureux de la langue française. Son idéal politique et moral fut de justice sociale, de libération nationale, de solidarité avec les humbles et les déshérités.

Le devoir d'un intellectuel est d'écrire avait-il noté à la porte de son bureau le reste n'a pas plus d'importance que le mais pour les poules.

D'avantage par agacement universel, et parce que j'y trouvais un moyen facile pour m'isoler du reste, je me suis plongé dans les livres. Je me souviens parfaitement des trois livres que j'ai lus avec plus d'intérêt que les autres. Y s'agissait de deux petits ouvrages dont la reliure bordeaux et or m'attirait : Les Fleurs du mal et les Mémoires d'Outretombe. Le troisième portait une couverture blanche et noire. C'était La Nuit du chasseur, de David Crubb. J'ai été élève studieux et un jeune homme globalement raisonnable mais ces trois livres-là avaient introduit dans ma manière l'inguérissable virus, celui qui, dans les moments de pur hasard, rend fiévreux le fellagah, l'aventurier inconscient, l'entrepreneur étourdi, le philosophe roublard, l'amoureux caustique, et l'écrivain. J'ai traversé dans cet état d'esprit le Paris des années soixante-huit, période qui me permit de connaître Maurice Nadeau, des Lettres Nouvelles. Gonflé par l'appétit de connaître enfin les Amériques, armé de ces convictions incontestables qui donnaient au gauchisme de l'époque tout son tranchant, son romantisme, son efficacité, ses utopies, j'ai parcouru Mexico, San-Juan, la Havane, Bogota, New-York... De ces voyages interminables ont survécu quelques pages. Aujourd'hui, faut-il que je songe, comme Aimé Césaire, c'est moi-même, terreur, c'est moi-même  !

Vincent Placoly, Esquisse d'autobiographie. Les éditions La Brèche.





Vincent Placoly meurt en 1992.

Les écrivains guadeloupéens lui rendent hommage avec ce texte publié dans le numéro spécial de la revue TRANCHEES consacré à l'écrivain ( janvier 1993.)



Pour Vincent

Avec Vincent Placoly disparaît un des grands écrivains des Antilles, hanté par le rêve d'habiter une littérature exigeante et passionnée. Son oeuvre, au delà de l'insularité s'est toujours nourrie aux cultures de toutes les Amériques. C'est ce qui donne à son projet littéraire une densité particulière, soucieuse du poids du temps et de l'écho de nos espaces. Le souci du mot juste, la recherche d'une pensée droite, la volonté de faire de l'écriture une quête de l'histoire, ont guidé jusqu'à la fin sa démarche, à la fois solitaire et solidaire. Pour lui, l'esthétique devait se confondre avec une éthique, celle qui refuse les compromis, les modes et les coteries pour tenter de sauvegarder l'essentiel. C'est dire à quel point il nous laisse une oeuvre qui va continuer de mûrir sereinement. Une oeuvre discrètement menée, à l'image de Vincent lui-même qui se tenait à la lisière des fausses querelles et des fausses évidences, avec ironie, retenue et générosité. Aussi, nous mesurons avec gravité le vide qu'ouvre sa mort dans notre amitié, et pour notre société. Nous retiendrons qu'il osa être le plus guadeloupéen des martiniquais, et par delà, un homme de la Caraïbe, des Amériques, et, de l'Universel. Vincent Placoly aura réalisé l'alliance rare du travail têtu, de l'écriture et de la méthode de vivre.

C'est cette leçon que nous devons maintenant méditer.

Maryse Condé - Daniel Maragnes - Daniel Maximin - Simone Schwartz-Bart - Ernest Pepin

 

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