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Le misanthrope
MOLIERE

 

Genre :

  Théâtre
Mise en scène :  Jean-Pierre MIQUEL
   Avec : Alberte Aveline : Arsinoé, Michel Favory : Oronte, Isabelle Gardien : Eliante, Denis Podalydès : Alc
Décor : Pierre-Yves Leprince
Costumes : Pierre-Yves Leprince
Lumière : Jean-Pierre Miquel
Collaboration artistique, Sandrine Anglade et Anne-André Reille

Planning :
 

Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux-Colombier   Paris
www.comedie-francaise.fr
Tel: 0144398700
Bus: 39, 48, 63, 68, 83, 84, 86, 87, 90, 95, Metro: Saint-Sulpice ou Sèvres-Babylone
      Repere: Parkings : Sèvres-Babylone, place Saint-Sulpice, Saint-Germain-des-Près
  du 21/01/2000 au 04/03/2000 à 23:00
sauf lundis jours de relâche
Jours: jeudi à 19h00, dimanche à 16h00 et samedi 4 mars à 16h00 Autour du Misanthrope Rencontre au



Une jeune et belle veuve est entourée de prétendants, manifeste une préférence pour l'un d'eux, tout en faisant garder espoir aux autres. Celui qui semble le mieux placé est un intellectuel au caractère difficile dans la mesure où il refuse le jeu social, et prétend à un amour exclusif qui réformerait la dame et la détournerait de sa stratégie. Personne ne semble avoir compris qu'elle défend à tout prix sa liberté, ce qui l'amène à promettre et ne rien donner, en jouant d'un talent certain qui éblouit le monde. Ce couple pétri de contradictions pourra-t-il vivre ?

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InvitÈs

EN PREPARANT UNE MISE EN SCM-iNE DU MISANTHROPE



En 1666, comme de tous temps, il est un âge où l'on voudrait choisir un mode de vie. Un âge où l'on trouve un accommodement avec le monde tel qu'il est, ou bien, refusant l'accommodement, au moins un moment, ou l'on finit par le rejeter ou l'accepter. Un âge où l'on se révolte, où l'on se positionne vis-à-vis de la société, un âge où l'on décide de la façon de mener sa vie. Il s'agit de morale individuelle et sociale, en fonction de l'ambition qui anime l'individu. Cet âge ne se compte pas exactement en années d'existence. Il arrive avec un peu d'expérience déjà, et la maturité consiste peut-être justement à faire ce choix à ce moment donné.



Les six jeunes hommes et femmes qui apparaissent dans le Misanthrope (Célimène, Eliante, Alceste, Philinte, Acaste et Clitandre) gravitent autour de cet âge d'homme où tout est possible. Ils s'affrontent sur ce terrain du comportement individuel et social ; ils s'inquiètent, s'étonnent, ils doutent autant qu'ils affirment, cherchant réponse chez l'autre et en soi-même. Alceste n'a pas attendu 50 ans pour s'apercevoir que le monde est hypocrite et les hommes mauvais ; il serait alors un peu faible d'esprit. Or, justement, il a tout d'une jeune autorité intellectuelle chez qui l'on vient chercher l'imprimatur, d'un moraliste rigoureux, presque d'un maître à penser qui fascine les autres, y compris le pouvoir politique qui voudrait bien se l'attacher. cet effet, le Pouvoir lui enverra deux émissaires Oronte et Arsinoé pour tenter de le récupérer ; ce qui n'empêche pas des sentiments chez les uns et les autres. En général, au théâtre, les motivations s'additionnent dans la même direction, ce qui permet de cacher les unes au profit des autres.



Si le caractère d'Alceste, ce Misanthrope atrabilaire et amoureux, est déjà connu et exploité, la figure de Célimène est tout à fait nouvelle. Non pas par sa coquetterie, bien convenue aussi pour une jeune et jolie femme, mais pour son objectif de rester libre et indépendante après son veuvage. Elle a eu l'expérience du mariage, et compte bien ne pas y retomber. Devant tous ces hommes amoureux d'elle, la seule issue est de n'en choisir aucun en les faisant tous espérer, même si sa préférence va pour partie à Alceste, à cause de son autorité morale et d'autres choses encore peut-être. cette époque, où une femme n'existe que comme épouse, c'est la seule façon pour Célimène de préserver une autonomie le plus longtemps possible, tant que son charme opérera. C'est un choix très audacieux et inédit. Il n'est pas impossible non plus que le Pouvoir souhaite la faire entrer dans le rang, les dévots n'étant pas loin et les libertins mal vus. La revendication de Célimène peut être qualifiée de féministe avant l'heure. Son brillant numéro de portraitiste est une manière d'imposer son talent, sa liberté, son indépendance et son autonomie.



Si les marquis ont choisi de se fondre dans le code imposé par un monarque absolu qui veut tenir son monde, ils ont bien du mal à se persuader aussi qu'ils ont raison, et leurs affirmations tiennent un peu de la méthode Coué. Philinte et Eliante, mi-stoïciens mi-épicuriens, ont une lucidité qui les oblige à accepter le compromis ou à disparaître. Ils sont fascinés par Alceste qui les fait sérieusement douter. Pragmatiques et résignés, ils trouveront peut-être du plaisir à regarder de plus haut une société qu'ils n'approuvent pas mais qui, dès lors, les amusera. Le thème de l'amitié est aussi très important. Tradition médiévale, on la considère plus essentielle peut-être que l'amour, car elle est fondée sur un lien de confiance et de solidarité qui mènera Philinte et Eliante non pas à vouloir convertir Alceste, mais à le préserver des effets dévastateurs de son intransigeance.



Oronte et Arsinoé ne sont pas du même monde. Plus âgés, ils ont choisi depuis longtemps. Ils ont choisi d'être du côté du Pouvoir, de le servir, et d'en tirer les privilèges que cela procure. Qu'Oronte soit séduit par Célimène et Arsinoé par Alceste, rien d'étonnant à cela. Mais il se trouve que si l'un et l'autre captaient les deux marginaux, ils les ramèneraient dans le chemin du consensus monarchique, ou du politiquement et socialement correct, dirait-on aujourd'hui. Alceste et Célimène seraient moins dangereux une fois absorbés par la cour, plutôt qu'à Paris où ils donnent le mauvais exemple ; et Port-Royal perdrait sans doute un de ses sympathisants



Tout cela crée confusion et équivoques, y compris dans la sincérité de chacun. Sincérité qui repère ses limites, se cherche, se censure et s'affirme, témoignant par là de l'éternel conflit entre l'individu et la société. Conflit dont le théâtre a fait son sujet majeur, de tous temps. La vanité le dispute à la difficulté d'être, la nature à la culture, la dérision à la gravité. C'est une comédie douce-amère qui établit le constat d'un épanouissement impossible, tarabusté qu'il est entre rêves et réalité.



Mais à côté de tout cela, le Misanthrope est peut-être avant tout une grande et tumultueuse histoire d'amour.



Jean-Pierre Miquel Extrait du n38 de la revue Littératures Classiques





CELIMM-iNE ET L'AURA DU FEMINISME



La question des femmes, de leur rôle, de leur pouvoir, de leur égalité donc vis-à-vis des hommes, jalonne l'histoire du XVIIe siècle. Se profilent les débuts d'un féminisme en avance sur son temps dont Célimène est peut-être une figure représentative. Au début du XVIIe siècle, l'oeuvre de Marie de Gournay, fille d'alliance de Montaigne, pourtant si peu enclin à l'éducation des femmes, passe inaperçue. Parce qu'elle est femme, curieuse de tout, savante en tout, elle n'est pas prise au sérieux et ses écrits féministes (l'Egalité des hommes et des femmes et le Grief des Dames) n'ont aucune répercussion. Plus tard, si la Fronde avait représenté une période d'émancipation politique pour les femmes, ces velléités d'action inquiétantes pour le pouvoir conduiront Louis XIV à mettre au pas les femmes, tout comme la noblesse. C'est en fait avec le courant précieux que perceront, concrètement, les premières revendications féministes. L'opinion publique s'empare des questions de l'instruction et de l'éducation des femmes qui, de leur côté, commencent à prendre conscience de ce qu'elles valent, de ce qu'elles peuvent, de ce qui leur est dû.



L'oeuvre de Michel de Pure, la Précieuse ou le mystère des ruelles, publiée dans les années 1650-1660, constitue un témoignage unique des revendications ponctuelles des précieuses en matière d'égalité des sexes. La précieuse Sophronisbe y défend les idées les plus avancées, proposant rien moins en 1660 que l'union libre : Je voudrais observer cette forme et cette manière dans le mariage. Premièrement donner un espace de temps pour agréer ou pour faire agréer : avoir la liberté de faire et de recevoir des voeux au gré de nos âmes () et voyant que la passion aurait fait un honnête progrès et que les désirs auraient une raisonnable maturité, tâcher de les cueillir () sans l'interruption de toutes ces formalités publiques qui ne sont que des violences extérieures et des instruments de rebuts et de peine. (Michel de Pure cité par Maïté Albistur et Daniel Armogathe, dans Histoire du féminisme français du Moyen-M-ege à nos jours, Editions des femmes, Paris, 1977, p. 142). Pourtant, accusées d'être trop réservées, les précieuses sont communément appelées les jansénistes de l'amour et rien n'est gagné pour autant car si à la fin du siècle, l'idée théorique de l'instruction féminine est acquise, le savoir est confisqué par les tenants de l'idéologie absolutiste. On imagine, de ce point de vue, le danger que peut représenter à l'époque le choix de vie de Célimène. Arsinoé peut dès lors se montrer sincère dans son inquiétude.



Mais ces idées issues des salons trouveront encore une répercussion importante à la fin du siècle. En 1673, à la mort de Molière, Poullain de la Barre publie De l'égalité des sexes. Opposant au préjugé de l'infériorité naturelle de la femme l'idée nouvelle d'une différenciation culturelle des sexes, Poullain de la Barre lance une formule promise à un grand avenir : L'esprit n'a pas de sexe. Si on le considère en lui-même, l'on trouve qu'il est égal et de même nature en tous les hommes et capable de toutes sortes de pensées. Surtout il met en avant cette idée que la dépendance de la femme n'est qu'un volet d'une oppression plus générale, celle des individus par un pouvoir d'autant plus intolérable qu'il n'a pas été choisi. Mais, comme le soulignent Maïté Albistur et Daniel Armogathe, Poullain est né trop tôt dans une société qui n'a pas encore les moyens de balayer la poussée des mythes pour regarder en face, à la lumière de la raison, la déroute de sa propre culture (ibid, p. 167). Là aussi repose le drame féminin du Misanthrope.



Sandrine



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Quoi ! Vivrons-nous toujours dans cet esclavage de déguiser tous nos sentiments ? Faudra-t-il louer, faudra-t-il approuver sans cesse ? Portera-t-on la tyrannie jusque sur nos pensées ? Qui est-ce qui est en droit d'exiger de nous cette espèce d'idolâtrie ? Certes l'homme est bien faible de rendre de pareils hommages, et bien injuste de les exiger.



Cependant, comme si tout le mérite consistait à servir, on fait parade d'une basse complaisance. C'est la vertu du siècle ; c'est toute l'étude d'aujourd'hui. Ceux qui ont encore quelque noblesse dans le coeur font tout ce qu'ils peuvent pour la perdre. Ils prennent l'âme du vil courtisan pour ne point passer pour des gens singuliers, qui ne sont pas faits comme les autres hommes.



La vérité demeure ensevelie sous les maximes d'une politesse fausse. On appelle savoir-vivre l'art de vivre avec bassesse. On ne met point de différence entre connaître le monde et le tromper  ; et la cérémonie, qui devrait être entièrement bornée à l'extérieure, se glisse jusque dans les moeurs.



On laisse l'ingénuité aux petits esprits, comme une marque de leur imbécillité. La franchise est regardée comme un vice dans l'éducation. On ne demande point que le coeur soit bien placé  ; il suffit qu'on l'ait fait comme les autres. C'est comme dans les portraits, où l'on n'exige autre chose si ne n'est qu'ils soient ressemblants.



On croit, par la douceur de la flatterie, avoir trouvé le moyen de rendre la vie délicieuse. Un homme simple qui n'a que la vérité à dire est regardé comme le perturbateur du plaisir public. On le fuit, parce qu'il ne plaît point ; on fuit la vérité qu'il annonce, parce qu'elle est amère ; on fuit la sincérité dont il fait profession parce qu'elle ne porte que des fruits sauvages ; on la redoute, parce qu'elle humilie, parce qu'elle révolte l'orgueil, qui est la plus chère des passions, parce qu'elle est un peintre fidèle, qui nous fait voir aussi difformes que nous sommes.



Montesquieu Extrait d'Eloge de la sincérité



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JEAN-PIERRE MIQUEL





Formé au théâtre universitaire, à la Sorbonne (Groupe de Théâtre Antique), Jean-Pierre Miquel devient professionnel en 1964 en mettant en scène et en jouant Suréna de Corneille. Grand prix du Jeune Théâtre en 1965 avec Oreste d'Alfieri. Pendant sept ans, il travaille comme metteur en scène indépendant dans différents théâtres et à la Maison de la Culture d'Amiens, en montant des oeuvres classiques, mais surtout modernes (Brecht, Halet, Grumberg, entre autres). De 1971 à 1977, il est Directeur artistique du Théâtre national de l'Odéon, où il réalisera des oeuvres de Max Frisch, Calaferte, Tchekhov, Corneille, Sternberg, René Clair, tandis qu'à la Comédie-Française, il met en scène Corneille (Horace) et Racine (Britannicus). De 1978 à 1983, il dirige le Centre dramatique national de Reims, où il fonde le Théâtre de la Comédie et met en scène des pièces de Ibsen, Kalisky, Brisville, Pinter, qui seront reprises dans différents théâtres à Paris. la Comédie-Française, il réalise de nouvelles productions de Corneille (Sertorius) et de Marivaux (la Seconde surprise de l'amour, la Colonie). Professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique depuis 1975, il en prend la direction en 1983 jusqu'en 1992, en continuant son activité de metteur en scène sur des textes de Marivaux, Camus, Brisville, Calaferte, Pinter, en divers théâtres parisiens et décentralisés.



Ses derniers spectacles à l'affiche : le Souper de Jean-Claude Brisville au Théâtre Montparnasse, l'Officier de la garde de Ferenc Molnarà la Comédie des Champs-Elysées  ; Idomeneo de Mozart à l'Opéra Bastille ; l'Antichambre de Jean-Claude Brisville au Théâtre de l'Atelier ; Comment va le monde Môssieu ? Il tourne, Môssieu ! de François Billetdoux au Théâtre de la Colline ; la Double Inconstance de Marivaux, les Derniers Devoirs de Louis Calaferte, l'Alerte de Bertrand Poirot-Delpech et Euphonia de Michaël Levinas sur un texte de Berlioz, au Théâtre du Vieux-Colombier ; les Fausses Confidences de Marivaux à la Salle Richelieu ; le Legs de Marivaux au Studio-Théâtre.



En septembre 1993, il est nommé Administrateur général de la Comédie-Française, et renouvelé dans cette fonction en juillet 1998.

Acteur, il a tourné avec Paul Vecchiali, Costa Gavras, Jean-Paul Rappeneau, Francis Girod, Claire Devers, Jean-Luc Godard, Michel Favart entre autres.

Il a réalisé deux films pour l'INA dans la série réalité-fiction.

Il a publié : le Théâtre et les jours (1986 Flammarion), Propos sur la tragédie (1988, réédition 1997 Actes Sud) et le Théâtre des Acteurs (1996 Flammarion).







PIERRE-YVES LEPRINCE

Peintre-décorateur



Pierre-Yves Leprince a travaillé avec des jeunes compagnies, ainsi que pour des théâtres nationaux et privés : à Paris au Conservatoire national d'art dramatique, à l'Odéon, à l'Opéra, à Chaillot, au Théâtre du Rond-Point, au Carré Silvia Monfort et à la Comédie des Champs-Elysées ; à Marseille au Nouveau Théâtre national ; à Lyon au Théâtre du VIIIe et au Théâtre des Célestins. Il a également travaillé pour des festivals tels que le Festival Berlioz à Lyon, le Festival du Marais à Paris, le Festival d'Avignon, le Festival de Taormina en Italie, le Festival du Mai de Versailles, le Festival du Mai de Bordeaux, ainsi que pour les Opéras de Rome, Palerme et Genève.



Il a réalisé les décors pour des metteurs en scène tels que Marcel Maréchal, Françoise Petit, Dominique Borg, Francis Huster, Jean-Pierre Miquel (l'Officier de la garde de Ferenc Molnar à la Comédie des Champs-Elysées en 1990), Maurice Béjart, Roger Louret, ainsi que les décors et costumes pour des metteurs en scène tels que Pierre Romans, Dominique Delouche, Andreas Voutsinas, Jean-Louis Martin-Barbaz, Jean-Paul Lucet, Jean-Claude Brialy, Nicolas Briançon.



Il a produit également des émissions dramatiques et littéraires à France Culture, écrit des pièces, des adaptations et des traductions, participé à l'Ecole d'Antoine Vitez à Chaillot en tant que professeur de décoration, exposé ses fresques à Rome, ses aquarelles à Catane et ses aquarelles et huiles à Paris sa dernière exposition Etna, mer, ciel a eu lieu à la galerie du Théâtre du Vieux-Colombier en 1996.

 

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