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Nexxt
Frau plastic chicken show
Istvan Tasnadi

 

Genre :

  Théâtre
Mise en scène :  Árpád Schilling
   Avec : Gergely Bánki, Viktor Bodó, Sándor Csányi, Annamária Láng, Zoltán Mucsi, Zsolt Nagy, Tivadar Pálóczy, Borbála Péterfy, Lia Pokorny, Gábor Rácz, Lilla Sárosdi, Sándor Terhes, Dorottya Udvaros, András Vinnai
Assistant : Balázs Erös
Décor : Márton Agh
Musique : András Monori
Costumes : Klára Varga
Lumière : Tamás Bányai
Chorégraphie: Éva Magyar, Accessoires: Róbert Noszlopi, Vidéo: Péter Hollós, Image: András Nagi
Durée :  2 heure(s) et 10 minute(s)

Planning :
 

Usine Volponi
Zone industrielle de Courtine   Avignon
Tel: 0231661606
Bus: 2-14
  du 23/07/2001 au 26/07/2001 à 22:00
Spectacle en hongrois, surtitré
tarif adulte : 140  réduit : 80
   
Bobigny MC 93 ( Bobigny )   du 07/11/2001 au 10/11/2001
La Rose des Vents ( Villeneuve d'Ascq )   du 14/11/2001 au 15/11/2001



Nexxt est un show télévisé. Dans n'importe quelle ville, sur n'importe quelle chaîne. Qui vend du meurtre et de la morale en direct, manipulant tout ce qui peut l'être pour faire de l'audimat. Le show télévisé, c'est la forme dominante absolue de la communication entre les humains aujourd'hui. Nous y découvrons chaque jour une image grotesque, froide et cynique de nos vies. Les personnages d'Orange Mécanique de Burgess et d'American Psycho d'Ellis se croisent dans Nexxt  ; ils ne sont pas les plus abjects, les plus inhumains. Nexxt tente de décrypter les mécanismes de la manipulation, du pouvoir et de la violence des médias. Nexxt pourrait se résumer à ce constat simple et effrayant  : tout peut arriver, personne ne résistera.

InvitÈs Témoignages des spectateurs

InvitÈs

C'est un spectacle télévisuel comme il y en a tant, plein de clinquant, de vulgarité, de bêtise joyeuse et satisfaite. La présentatrice adopte tour à tour une tenue stricte d'institutrice, un costume rieur d'infirmière et des paillettes de prostituée de luxe. Lumières colorées, fumigènes, musique jazz-rock entourent l'arrivée sur scène des invités prestigieux : l'ancien voyou d'Orange Mécanique vieilli et assagi, devenu magasinier docile et père de famille, suivi un peu plus tard par le nouveau héros d'American Psycho, golden boy et serial-killer assoiffé de sang. Tout ce beau monde va jouer à un jeu débile et cruel, soutenu par une justice cléricale ridicule et des troupes de flics de choc, avec en permanence le sourire idiot ou les discours pontifiants de la présentatrice, flanquée d'un " psychologue " qui assène avec sérieux un discours effarant de connerie.
Et moi ? J'assiste à tout cela avec un sentiment mêlé. Il m'arrive de rire, bêtement, face à la bêtise des propos débités. De frissonner lorsque des scènes de meurtre sordides sont projetées sur l'écran du fond. De réagir, en somme, en téléspectateur moyen d'un de ces reality-shows devenus monnaie courante à la télévision. Mais plus profondément, un sentiment de dégoût douceâtre et tenace m'envahit face à cet étalage de bassesse. Une sorte de discrète envie de vomir, une envie qui ne va pas jusqu'au bout car le spectacle auquel j'assiste n'est même pas vraiment horrible, ou alors seulement d'une horreur médiocre, affaiblie par le sentiment d'irréalité et de futilité qui permet à une présentatrice violée de se relever pour faire l'article lors du générique de fin. Et je réalise soudain que cette horreur qui ne va même pas jusqu'au bout de l'horreur et qui se vautre dans le virtuel pour anéantir toute appréhension du réel, que cette horreur n'est autre que le réel de la télévision elle-même, là sous mes yeux, dans ce dégoût qui m'avilit moi-même tandis que je regarde, que je ris et que je finis par m'identifier à l'atroce serial-killer, seule trace d'humain parmi les pantins. Alors oui, les tripes nouées, sonné et vaguement amusé à la fois, je renouvelle mon serment de ne jamais faire pénétrer chez moi la télévision, outil terminal de la déshumanisation aseptisée. Et si un jour l'envie me prend de me poser devant la lucarne pour regarder l'un de ces shows, je sais maintenant qu'il me suffira de penser à " Nexxt " pour m'éloigner du poste, une discrète envie de vomir chevillée à l'estomac.

  David  Lubek   

 

InvitÈs

Je me suis fait une vie sans télévision ou presque. Je ne sais donc pas grand chose des shows télévisés. Tout juste entendu parler de Loft Story et autres " reality shows " … encore que de très loin. Et là me voilà face à ce que je m'efforce d'éviter à tout prix. Une véritable torture. Un insupportable harcèlement auditif et visuel en même temps qu'un supplice pour ma curiosité qui n'a trouvé, dans ce spectacle d'une heure quarante cinq, aucune émotivité ou substance sensible.
Nexxt est une succession ininterrompue de " scènes évènementielles " présentées par une speakrine vociférant des injonctions, alternativement à des " invités " (plutôt paumés) et à nous, public captif, en essayant de faire monter le degré d' "aplaudimétrie ". Au début, j'ai cru assister à une soirée animation du Club Méditerranée à Budapest, dans cette langue hongroise gutturale et austère, sur-titrée à une allure si rapide qu'il était en pratique impossible de lâcher une miette d'attention à la scène. Personne ne communique à personne mais tout le monde hurle dans une atmosphère d'émeute.
Avec une violence progressivement croissante, ces shows de vingt à trente minutes mettent en scène des situations d'"agression à froid ": interviews d'anciens criminels dont les exactions sont scandaleusement banalisées, attaque à main armée d'une famille tranquille dans un appartement, expériences médicales horribles sur d'anciens criminels visant leur réinsertion sociale … ; le tout accompagné d'une musique tonitruante, sous des éclairages éblouissants, avec en arrière-fond et en simultané la projection sur grand écran d'une autre scène tout aussi dévastatrice (meurtres en direct, viols collectifs, scènes de torture entrecoupées de clips vidéo mièvres). La dernière scène sur le plateau se termine " en apothéose " dans une atmosphère de tension intense, par le viol de la présentatrice par un ancien criminel armé " invité ", en présence notamment d'une femme pasteur également invitée ...
Par delà leurs violences, ces scènes m'ont révoltée par leur imposture. La tromperie entre la vacuité de l'"emballage " de ces shows façon " soirée animation " et la violence ignoble de leur contenu, livré sans explication, qui plus est la banalisation de cette violence et de cette obscénité par l'absence d'un clin d'œil moral (l'absence de message en " voix off " n'incite à aucun recul spontané par rapport à ce spectacle) m'a fait horreur. Je sais que la duperie existe à tous les niveaux de nos sociétés " civiles ". Mon désarroi est à son comble lorsque cette duperie exerce son abomination en renversant aussi soudainement ma représentation du monde dans ses registres clés, et lorsque mon identité dans cet univers devient brutalement précaire et menacée. Certaines scènes de cette pièce m'ont été particulièrement insupportables. Elles ont fait en moi rejaillir les représentations concentrationnaires tyranniques que tous les juifs (tous, surtout ceux nés après-guerre) ont gravé dans le " disque dur " de leur imaginaire, mais aussi les reliquats d'un douloureux sentiment de duperie et de désavoeux qui m'a été " passivement " transmis par mes parents. Le machiavélisme sous Vichy était de nature " idéologique ". Celui représenté par Arpad Schilling, qui gronde à bas bruits dans notre société est de type mercantile et pourrait bien être pire s'il arrivait à " maturation " dans le contexte extrèmement contraignant du mondialisme en formation. Dans les deux cas, l'homme est réduit à l'état de marchandise.
Je suis sortie psychiquement amoindrie de ce spectacle, enfermée dans une solitude et une révolte sourde, parmi les applaudissements insistants des spectateurs. Qu'applaudit-on à la fin d'une telle pièce ? Gare aux confusions abusives ! Pourquoi les spectacles quels qu'ils soient se terminent-ils constamment par les mêmes applaudissements ? Ne pourrait-on pas s'exprimer dans un langage moins univoque, plus nuancé, moins convenu ? le silence (ou un certain murmure silencieux) par exemple.

  Marianne  Kambouchner   

 

InvitÈs

Dés le début, à peine assise dans sur mon siège, je me suis sentie prise dans un bain de violence, bain sonore pour commencer avec une musique bruyante, très forte (quasiment impossible d’échanger quelques propos avec mon amie).Un décor où la couleur grise domine. Un grand écran avec inscrit en très grand et en jaune vif «NEXXT» dans une calligraphie pointue (le 2ème N d’ailleurs ressemble pour moi davantage à une arme tranchante) Voici pour le décor. Le rideau se lève.
Sur scène, un décor d’émission télévisée (nous sommes dans une émission en direct) : nous sommes donc à double titre le PUBLIC. Nous sommes le public de l’émission (donc à priori consentant) et le public de ce spectacle (consentant aussi car a priori nous avons choisi de venir voir cette pièce). Ce décor est plutôt épuré, froid voire même glacial. Deux hommes qui ressemblent davantage à des vigiles sont plantés de chaque côté de la scène.Arrive Frau Chicken Plastic (dont je ne comprendrais le jeu de mot qu’à la fin de la pièce lorsque tout simplement j’aurais l’occasion de le  lire soit : «Enjoy Chicken, Join Chicken» ou peut-être le contraire, je ne sais plus à présent). Elle est habillée d’un costume de couleur sombre, très maquillée, cheveux courts platinés. Est-ce un homme, est-ce une femme ? On peut en douter tant elle mène son show d'une main de maître. Est-ce qu’elle restera toujours aussi maîtresse d’elle-même, maîtrisant toujours la situation... Pas sûr !!
Précisons de suite que la pièce est jouée par des interprètes hongrois parlant hongrois. Si cette langue m’a semblé personnellement très approprié au sujet (sons gutturaux, fort accent qui donnent à l’ensemble une certaine violence), il m’a fallu d’abord m’habituer à déchiffrer sur les 2 écrans la traduction en français. J’ai mis un peu de temps, mes yeux fatiguaient, et les jeux de lumière et de fumée rendirent au début la lecture difficile. Je n’ai pas voulu me décourager. Et au fur à mesure, mes yeux se sont habitués et j’ai pu lire le sous-titrage. Cependant, et c’est ce qui est étrange (quoique ?!), même sans ce sous-titrage, il me semble que l’essentiel du message que j’ai perçu, j’aurai pu aussi le recevoir sans traduction. D’ailleurs, il y a eu à un moment, une réelle panne technique (écran de traduction momentanément hors d’usage) qui ne m’a pas gênée, habituée certainement au climat de la pièce .L’autre raison réside dans la forte présence de l’écran vidéo (où les images se passent de mots ), la musique, le décor, les objets sur scène….
Qu’est-ce que l’histoire en quelques mots ou du moins ce que j’ai compris et ce que j’en retiens. Nous sommes donc les spectateurs d’un show télévisé qui a pour objectif de traquer les criminels et de les capturer, de les amener sur le plateau (un peu comme dans un zoo) et de les faire jouer des jeux grotesques où le ridicule frise dangereusement avec la violence (verbale, liée à la situation).En résumé, tout au long de ce spectacle (car c’est réellement un spectacle avec chorégraphie, musique, chansons) et à l’issue de ce celui-ci, je me suis demandée : «Mais finalement, qu’est que la violence réellement et où est la violence?»
- est-ce que ce sont les personnes étiquetées criminelles pour leurs actes qui le sont réellement?
- est-ce que l’on doit toujours être considéré comme criminel même lorsqu’on s’est repenti, mais est-ce que la société est prête à accepter ce changement, visiblement pas la société du spectacle qui se réjouit dans faire justement le clou de son spectacle et de l’audience par la même?
Qui est plus criminel : de celui qui commet des actes criminels tels que Alex et Rex (tuer de sang-froid, sans raison aucune…), ceux qui les montrent, qui les mettent en scène et qui les utilisent pour se faire valoir comme Frau Chicken ou nous spectateurs qui cautionnons, qui regardons, qui applaudissons, qui participons à certains jeux proposés par l’animatrice... Il y a forcément d’autres questions derrière ces 3 points mais la dernière s’est distillée en moi tout au long du spectacle de manière insidieuse, perfide et ne m’a pas lâchée. Tant est si bien que lorsque l’animatrice Frau Chicken encourage son public à applaudir, je n’ai plus très bien su qui j’étais finalement.
- Etais-je la spectatrice de la pièce Nexxt ?
- Etais-je la spectatrice du show Nexxt ?
A mes yeux, c’est là que réside la performance de cette pièce, la force de son interpellation, et me fait vraiment réagir.D’ailleurs, j’ai hésité, je n’ai pas applaudi ou si peu sauf à la fin, et là, c’était clairement pour applaudir la pièce Nexxt. Mais pendant le show, j’ai été dérangée, bousculée en me disant «finalement, tout cela ça existe bel et bien déjà», ce n’est pas simplement un spectacle imaginé.
Pour finir, je narrerais simplement certaines situations telles que :
- à un moment, dans la traque du criminel Rex, nous assistons en direct à une scène dans les toilettes pour homme d’un restaurant . Bien qu’il est difficile de reconnaître les personnages (pour l’instant d’ailleurs, personne ne sait exactement qui est Rex précisément), nous apercevons deux hommes debout entrain d’uriner, action qui répond à un besoin on ne peut plus primaire et connue de tous. La scène dure quelques secondes voire une à deux minutes, et comme rien d’intéressant ne se passe, l’animatrice se tourne vers le public et dit : «excusez–nous pour ces images choquantes (texto).
Qu’est-ce qui est choquant : voir uriner en direct? ne pas pouvoir à assister à une scène violente (tuerie en direct….) qui est justement le propos et l’objectif de l'émission?...
Je suis restée abasourdie devant une telle scène et de tels propos, difficile pour moi de ne pas être choquée de ce que je vivais comme un décalage entre une scène et des paroles.
- la scène du viol de Frau Chicken par Rex en direct et au moment du final de l’émission. Cette scène finalement ne m’a pas tellement révulsée car j’en étais toujours à me demander : qu’est-ce qui est réellement violent? Est-ce que Frau Chicken n’était pas dix fois plus violente en jouant, en utilisant ces «invités sur le plateau» dont l’un était pieds et poings liés? En quoi Rex a été violent d’utiliser ces armes pour se défendre et se protéger de cette mascarade dans laquelle même ses émotions intimes (scène douloureuse et violente ) sont données en pâture et bafouées et qu’il est lui-même l’otage de Frau Chicken?
Je rajouterais simplement que l'heure supprimée au spectacle (même si je ne connais pas la version longue) est bienvenue. Ce qu’il m’a été donné de voir, de ressentir, d’éprouver durant ce temps est amplement suffisant. Plus long, je me serais peut-être levée et partie.
Pour moi, ce spectacle évoque un acte chirurgical «froid, incisif, implacable, maîtrisé, direct» mais ô combien nécessaire pour nous réveiller de notre torpeur de spectateurs indolents et néanmoins complices.

  Brigitte  Tubiana   

 

InvitÈs Dossier de Presse

InvitÈs

István Tasnádi
Il est né à Budapest en 1970. Depuis 1992, ses œuvres poétiques et théâtrales sont régulièrement publiées dans des revues littéraires hongroises. Il travaille régulièrement avec le Krétakör. En 1999 il a adapté “Ennemi Public” de Kleist, il est l'auteur de “Nexxt”.


Árpád Schilling est né en 1974 à Cegléd. Comédien à partir de 1991, il fonde sa troupe, Krétakör, en 1995. Il signe sa première mise en scène en 1994, avec Noces de sang de Garcia Lorca, qui obtient les prix du " meilleur spectacle " et de la " meilleure mise en scène " aux festivals des Théâtres lycéens et des Théâtres amateurs. Il a mis en scène notamment Le Grand Jeu (1995), Tragédie humaine (1998), Baal (1998), La Maison de Bernada Alba (2000), Liliom (2001). Il montera à la rentrée Woyzeck. Il a dirigé des stages dans plusieurs pays, en Hollande, en Russie, en Italie et en France - au Conservatoire national supérieur d'art dramatique et à l'école du Théâtre national de Strasbourg (où, en 1999, il a dirigé les élèves dans Platonov de Tchékhov).
Sa mise en scène de Baal de Brecht a été présentée à Paris, à l'Odéon- Théâtre de l'Europe (ateliers Berthier), en novembre 2000.


Entretien
Pourquoi avoir réuni les deux textes d'Anthony Burgess et de B. E. Ellis  ?
C'était l'idée de l'écrivain, István Tasnádi, de représenter sur la même scène et au même moment ces deux personnages "culte" et les images du monde qu'ils portent avec eux. Nous avions le sentiment que le lieu idéal pour cette rencontre serait le cadre d'un show télévisé.
C'est le terrain où, aujourd'hui, les gens se réunissent et communiquent  ; c'est à travers ce filtre qu'ils appréhendent et comprennent le monde.

Comment raconteriez-vous Nexxt  ?
Le spectacle parle de deux sujets fondamentaux de nos jours  : la violence et la manipulation. Il s'inspire de deux romans culte  : L'Orange Mécanique de Burgess et American Psycho d'Ellis. Ces sujets lourds sont traités dans un cadre amusant, populaire et très à la mode  : on est dans un show télévisé, sur n'importe quelle chaîne, dans n'importe quelle Grande Ville, à l'époque de l'Union Mondiale. Tout est parfait, nappé de doux sirop américain.
La Grande Ville est terrifiée par un psychopathe. Des clochards mutilés, des call-girls coupées en morceaux gisent après son passage. Le meurtrier est difficile à identifier parce qu'il vit dans un univers inaccessible  : dans la mégapole high-tech des jeunes nouveaux riches, où tout le monde est identique, parfait et insondable. Mais pour le commando T.S.I. rien n'est impossible. Après une longue enquête, il retrouve le fou, un certain Rex Madison. S'il y arrive, c'est en partie grâce à Madison lui-même, tellement sûr de lui qu'il exécute ses victimes dans son appartement et filme ses actes avec un matériel de haute qualité pour sa vidéothèque privée.
L'animatrice du show est une femme diabolique  : Frau Plastic Chicken, intelligente, ferme et prête à tout pour réussir dans ses projets. Son équipe (l'élite allemande de la profession) poursuit Madison depuis 65 heures, pour pouvoir retransmettre en direct l'arrestation du meurtrier, appelé "l'assassin au petit soleil". C'est la vingtième émission, la plus importante.
L'invité spécial de la soirée est le protagoniste de L'Orange mécanique, Petit Alex, une personne réelle, aujourd'hui père de famille de 50 ans, rentré dans le droit chemin. La présentatrice l'invite à commenter les évènements, et à expliquer la nature de la violence chez les psychopathes. Mais au fur et à mesure de l'émission, à force de manipulation brutale, elle le force à revivre son passé, et il devient le cobaye humilié de la soirée. Un autre spécialiste complète le tableau  : Dr. Ego, président de l'Association internationale de la victimologie. Etc…

Quelle est la philosophie du spectacle  ?
Qu'on ne peut rien faire contre l'imbécillité galopante. On est asservi à l'industrie des services. Les termes comme éthique, morale, amour, patience, attention, volontariat, esprit, dignité ont tous perdu leur sens. Notre vie est devenue un divertissement sans enjeu. Et il n'y a pas d'issue. C'est comme ça.

Est-ce un spectacle très hongrois, ou européen, occidental, universel  ?
En Hongrie, ici et maintenant, les problèmes se posent ainsi. Reste à savoir si ailleurs…

Quel est le principe de la mise en scène  ?
Que les spectateurs comprennent l'histoire et que les comédiens ne se cognent pas sur le plateau.

Comment les acteurs jouent-ils avec la vidéo  ?
La coordination avec des extraits pré-enregistrés demande aux comédiens une concentration encore plus aiguë que d'habitude car ils jouent forcément chaque soir un peu différemment. Mais, comme les parties filmées retracent une histoire réaliste et pas une folie visionnaire, cela n'a pas été impossible.

L'élaboration et la réalisation représentent un travail long et complexe.
La conception du spectacle a commencé fin 1998. Le projet a été présenté à Avignon au mois de juillet 1999 et ensuite sélectionné dans le programme THEOREM. Une première version du texte a été préparée, ainsi qu'une première maquette de l'espace au mois de septembre 1999.
La période de répétition s'est divisée en trois parties, sur une durée totale de 25 semaines. La première période - une analyse approfondie et des improvisations - a commencé le 6 décembre 1999 et s'est terminée le 15 février 2000. Au mois de mai de la même année ont eu lieu les premières répétitions dans le décor. Début juin, on a tourné des extraits filmés du spectacle. Dès début juillet, la compagnie est allée en résidence au théâtre Bárka où, après un mois de travail intensif, une avant-première non publique a eu lieu le 27 juillet. En août, 24 jours de tournage d'un long métrage ont complété le travail de préparation. La première a constitué la soirée d'ouverture du Festival d'Automne de Budapest le 13 octobre 2000 au Théâtre Bárka où, depuis, Nexxt est au répertoire et jouée trois à quatre soirées par mois. Ces derniers temps, on a coupé 35 minutes du spectacle, trois fins différentes ont été essayées, et la pièce est devenue de plus en plus absurde.
Le long métrage a été projeté dans le cadre du Festival des Films Hongrois en février 2001. Il a déclenché un scandale et ne sortira dans les cinémas qu'au mois d'octobre prochain.

Vous êtes-vous souvenu du film de Stanley Kubrik  ?
Le film de Kubrick est génial. Mais le spectacle n'a rien à voir avec le film.

On a pu voir à Paris votre mise en scène de Baal de Brecht. Y a t-il une parenté entre les deux spectacles  ?
Il n'y a pas de point commun. Il y a des comédiens qui ont joué dans Baal aussi, comme tous les membres de la Compagnie Krétakör, dont Viktor Bodó qui était le protagoniste de Baal et joue le rôle de Rex Madison dans Nexxt. Deux très grands comédiens du théâtre hongrois - qui ne sont pas membres de notre compagnie - font partie du spectacle  : Dorottya Udvaros (Frau Plastic Chicken) et Zoltán Mucsi (Petit Alex).

 

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