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Antigone
SOPHOCLE

 

Genre :

  , Commedia dell'Arte
Mise en scène :  Carlo BOSO
   Avec : Cécile Boucris (Antigone), Alain Bertrand (Créon), Geneviève Arnaud (Eurydice), Raphaël Goyon (Hémon
Adaptation de : Boso Carlo
Décor : Décors et masques: Stefano Perocco -
Musique : Grecque, Italienne, Russe, Espagnole, Latine, Bulgare... -
Costumes : Anne Jonathan -
Lumière : Gérard Gomez -
Durée :  1 heure(s) et 20 minute(s)

Planning :
 

La Cour du Barouf
7 bis, rue Louis Pasteur   Avignon
Bus: 1-3-4-5-6-9-PB
  du 06/07/2001 au 28/07/2001 à 19:45
joué seulement les jours pairs
tarif adulte : 90  réduit : 65
   
La Cour du Barouf ( Avignon )   du 06/07/2000 au 30/07/2000
La Cour du Barouf ( Avignon )   du 05/07/2002 au 27/07/2002
La Cour du Barouf ( Avignon )   du 09/07/2003 au 31/07/2003



Le spectacle est une adaptation en Commedia dell'Arte de la fameuse tragédie de Sophocle. Créon, le roi tyrannique, et Antigone, la fille du pauvre Oedipe, sont les personnages redoutables de cette tragédie pour rire. Avec masques, duels, musique, chants, danses et improvisations.

InvitÈs Témoignages des spectateurs

InvitÈs

Lucile
Lorsque je vois "comédia dell'arte" sur un programme, je m'arrête, je lis... plus j'en vois et plus mon intérêt grandi. Mais là, quand j'ai vu "tragédia dell'arte", j'ai été intrigué, c'était comme un défit que je venais de lancer à la troupe : je voulais savoir comment une tragédie, genre que je me suis toujours représenté rigide et solennel, pouvait devenir gestuel et joyeux.
"Antigone" est un personnage dont la fraîcheur et la détermination m'ont toujours fascinés. Je me sens proche d'elle parce qu'elle est utopique dans un monde où il semble ne plus y avoir d'idéaux. Elle veux la justice absolue et on lui demande de faire des concessions qu'elle n'accepte pas telles qu'elles sont. Elle refuse de se résigner quitte à sacrifier son bonheur.
Dans cette "tragédia dell'arte" Antigone tenait toujours cette place mais elle était caricaturée. Les instants où elle exprimait ses opinions, ses espoirs, c'est à dire les moments pathétiques qu'il pouvait y avoir étaient ridiculisés car les personnages qui étaient derrière elle faisaient les pitres pour provoquer les rires du public. Ce n'était pas facile de me moquer d'Antigone, de la "lapider". En fait j'ai été forcé de relativiser mes rêves utopiques dont l'impossible réalisation n'est pas toujours facile à admettre.
Enfin Antigone, tout en appartenant à l'antiquité, se déroulait dans notre démocratie. Car le public devait participer. En tant que partie du peuple, je me sentais active, partie prenante dans la pièce. C'était motivant et excitant d'être ainsi directement confrontée aux personnages.
Ces derniers révélaient les pensées, plus ou moins réelles je pense, de nos dirigeants par de petites piques sur les différents ministères ou sur la façon de gouverner. Finalement Antigone et le peuple que nous étions ont triomphé. J'avais donc moi en tant que spectatrice l'impression d'avoir un poids relatif sur le déroulement de l'histoire... peut-être aussi en aurais sur la réalité, comme Antigone par son symbole et sa lutte.

  Lucile  HANNESSE   

 

InvitÈs

Antigone. Sophocle. Version Commedia dell'arte...
L'histoire, connue, revisitée par la commedia dell'arte, drôle donc, version bouffonnerie... Danses et chants magnifiques, superbe maîtrise de la haute voix d'Antigone, aussi limpide que l'intention de la fille d'Oedipe : elle veut enterrer son père, elle l'enterrera, dusse-t-elle y laisser la vie.
Trame épurée ? Trop. Car n'est gardé pour faire jouer les bouffons que l'aspect grotesque, la caricature du personnage ; toute subtilité gommée, Créon se retrouve n'être qu'un truand mesquin assoiffé de pouvoir, Antigone une obsessionnelle du macchabée ; seule Ismène, soeur d'Antigone, garde un double aspect et une certaine profondeur : elle ne court pas seulement après le pouvoir, mais aussi après la reconnaissance et fuit la solitude.
Pour cette "épure", le public est interpellé et participe aux décisions de la cité : "Faut-il lapider Antigone ? Les lois sont-elles justes ? - Non ! Non ! Ouh ! Ouh !"
Il manque un comédien pour le père d'Oedipe, nouvelle contribution de l'assemblée qui éructe d'un spectateur envoyé sur scène pour se faire tuer. Pauvre de lui, ça aurait pu être moi ! Il en sort applaudi pour sa grande prestation... Antigone lapidée le sera par le public, ou ne le sera pas suivant son humeur. Cette liberté me place donc dans la position du bourreau ou celle du sauveur, position que je ne veux pas avoir car je ne suis pas venu assister à un spectacle de guignol, guignol, guignol, le bâton !
J'aurais aimé ne garder en mémoire que la musique, les chants et les danses ; malheureusement, se superposent à ces images les agitations du croupion de la reine, la lubricité de Créon guidant ses décisions, les grimaces de l'ensemble. Et finalement, Dionisos apparaît pour faire revivre tout le monde et faire une fin... Heureuse ?

  Frédéric  Bourg   

 

InvitÈs

Antigone était une tragédie. Mais avec le temps, l'ambiance de la cour du Barouf à Avignon et la musique, rien n'est moins sûr. Carlo Boso a relu Antigone, mais contrairement aux humanoïdes sensibles que nous sommes et qui pleurent sur les malheurs des princesses, lui a dû se poiler de la première à la dernière page, du premier au dernier crime. On ne se refait pas. Nous, public, nous sommes le peuple. Nous sommes armés de trois boules. A moins que ce ne soient trois bulletins de vote. Nous formons le choeur antique, voix de la raison. Nous sommes le peuple donc nous avons raison. Enfin presque toujours. Enfin je ne suis plus très bien sûr de mes certitudes de citoyen. La tragédie se déroule devant nos yeux. Voici le résumé : Le fils du roi de Thèbes tue son père se marie avec sa mère et lui fait quatre enfants qui s'entre-tuent. Il reste à enterrer les cadavres ou à les ressusciter. J'ai l'impression que cette joyeuse troupe déjantée m'invite à ne pas prendre très au sérieux les malheurs de cette famille royale. Après avoir été lapidée par les citoyens, Antigone sera la chouchou du public. Les boules fusent et remplissent la scène. J'ai honte car ma première boule fut pour Antigone. Et je me demande si je suis bien prêt à jouer mon rôle de citoyen alors qu'il a suffit qu'on me la désigne comme cible pour que je lui lance ma première boule, ma première pierre et mon premier bulletin de vote pour le roi. J'ai l'impression d'être à l'aube de la naissance de la République. A quoi bon tuer les rois si je vote pour leur équivalent sous le nouveau régime. La République, c'est pas fastoche. Je retiens mes dernières boules et hésite à les envoyer à nouveau. Le contre pouvoir ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. Encore faut-il l'utiliser avec justesse et réflexion. Je pense que le public a raison mais se laisse emporter dans des effets de foule. Je n'ai pas vu une tragédie. Les moments forts qui appuient l'oeuvre dramatique de Sophocle avec langueur et monologues sont ici l'occasion de chanter et danser. sur les malheurs des puissants. D'ailleurs pourquoi sont -ils puissants ? Puissants contre qui ? Contre ceux qui auraient l'outrecuidance de remettre en cause leur pouvoir. Ils sont pour l'alternance ainsi que le roi l'admet dans cette pièce, mais dans un seul sens. Je me demande si cette tragédie a été écrite par Sophocle pour mettre en scène les errances politico-criminelles d'une famille royale. Je pense que l'étude des sentiments et des rapports affectifs en général y occupent une place égale. Dans cette adaptation les sentiments me semblent abordés dans leur expression la plus évidente, la plus visible. Les tréfonds de la sensibilité et la douleur d'Antigone restent, me semble-t-il sur le côté de la scène. Seul reste la lutte pour le pouvoir. Faut-il en finir avec ces familles royales consanguines, sanguinaires et dégénérées ? Le Peuple :"Ouiiiiii !". Faut-il en finir avec la Tragédie ? Le Peuple "Euhhhh ?"

  Gilbert  Cordier   

 

InvitÈs

Aller voir une tragédie montée par la Commedia dell'arte, une tragédie bouffonne, une tragédie pour rire, me paraissait fort plaisant. Malgré la contradiction entre les termes, le défi me semblait intéressant... J'arrivais intriguée, totalement attirée par ce mélange des genres annoncé. A l'entrée un comédien me donne trois petites balles : on ne m'en explique pas l'utilité mais je m'imagine qu'elles remplacent les tomates... En fait, elles servaient à être jetées sur les personnages aux moments cruciaux : Créon a-t-il raison ? Non ! crie le public... alors il faut lapider Créon ! Et les balles volent...le public en redemande, hurle, est totalement transporté et je me demande ce que je fais là. Ces débordements me font peur. Je déteste les mouvements de foule et je me crois en plein match de foot, dans ses huées, dans ses bravos, dans ses espèces de cris unitaires en même temps que collectifs. Ca me donne envie de fuir .
Le bouffon est de plus ici outré, les personnages caricaturés: la tragédie de Boso ressemble de très près au drame grangignolesque des Tibéri. Les allusions me paraissent sans cesse grossières et le sacré piétiné, ravalé au rang du bassement terre à terre : Antigone, en sale gamine capricieuse et bêcheuse, Créon en vieux barbon qui va draguer la minette, Ismène en arriviste, carriériste et nymphomane, Clytemnestre en vieille folle, jalouse et manipulatrice... Bref, si Antigone pouvait se résumer à une simple histoire de fesses et d'argent ?
Certes, il a été question de la démocratie et de l'injustice, mais elle m'a semblé traitée de manière démagogique : on demande son avis au public, on lui demande de dire l'iniquité de la décision en créant des analogies avec le monde actuel... on ne pose pas la question de l'ordre public, de la transcendance ou non des traditions, des lois édictées par les Dieux par rapport à celles fort contingentes des humains...
De ce spectacle, il me reste cependant en tête les voix et les chants qui m'ont bercée et émue, qui m'ont calmée.

  Séverine  SCHERZER   

 

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