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L'Atelier
Jean-Claude Grumberg

 

Genre :

  Théâtre
Mise en scène :  Claudie Le Monnier
   Compagnie La Tarasque
Avec : Anne-Ellen Vauclin, Véronique Aubriot, Laurette Mira, Martine Tardieu, Gérard Bleyra, André Arnaud, Frédéric Bertrand, Thomas Geronimi, Sylvie Bernard, Philippe Glorennec, Daniella Trottberger
Décor : Claudie Le Monnier
Musique : « Chansons sous l'occupation », « Yiddish Songs » Chava Alberstein
Costumes : La Compagnie
Lumière : Claudie Le Monnier

Planning :
 

Théâtre de l'Etincelle
14, place des Etudes   Avignon
Tel: 0490854391
Bus: 1-3-4-5-6
  du 06/07/2001 au 28/07/2001 à 19:30
; Relâche : 16 Juillet ;
tarif adulte : 85  réduit : 60
   
Théâtre de l'Etincelle ( Avignon )   du 05/07/2002 au 27/07/2002



Après le succès de « Huis clos » en 99, création 2001  : « L'Atelier ». Un atelier de confection de 1945 à 1952. « Jouant tout en nuance sur la gamme des sentiments, Grumberg révèle le tragique des situations avec grâce, pudeur, légèreté et surtout un sens de l'humain exacerbé. C'est une pièce où l'on rit énormément malgré la gravité du sujet. La mise en scène est sobre, intime et juste... » La Provence.

InvitÈs Témoignages des spectateurs

InvitÈs

J'ai été projetée, dès mon entrée dans la salle, cinquante ans en arrière. J'ai vu des femmes brisées par la guerre, obligées de faire des heures et des heures de travail pour pouvoir nourrir leurs enfants. Par ailleurs j'ai été surprise d'avoir autant ri autour d'un sujet aussi dramatique. En effet le crêpage de chignon des couturières entre elles et leur mini-révolution au sein de l'atelier m'ont fait beaucoup rire. Cependant les coups de blues que chacun a, à tour de rôle, m'ont très émue et m'ont fait réfléchir sur toutes les horreurs de cette guerre atroce. J'ai été très réceptive et sensible au texte de Grumberg et cette pièce m'a donné l'envie de lire d'autres ouvrages de lui.

  Cathy  Guillemin   

 

InvitÈs

Dans l'atelier de confection de M. Léon, les ouvrières papotent ; elles se racontent des bribes de leurs vies, commentent abondamment, s'envoient des piques : un bavardage qui pourrait me paraître léger ; seulement voilà, nous sommes au lendemain de la Libération, et si la France est en effet sortie de l'Occupation, les traces de la guerre, des déchirures qui s'y sont nouées, l'évocation des déportés dont on n'est pas encore sûr qu'ils ne reviendront pas, rendent ces échanges lourds de significations.
J'ai du mal à digérer l'apparente banalité de propos qui, même enveloppés de formules à l'emporte-pièce dont l'effet comique est indéniable, sont en fait cruels et montrent le manque de compassion dont chacun aurait pourtant tellement besoin. Autour de moi, les nombreux rires me mettent mal à l'aise. Le fou rire non prévu qui se déclenchera à un moment donné sur scène viendra de façon inattendue alléger l'atmosphère. Les années passeront, Léon restera le même, avec son mélange d'humanité et d'égoïsme, et ses coups de colère qui ne parviennent pas vraiment à impressionner ses ouvrières : elles en ont vu d'autres. L'atelier, immuable, continuera sans doute encore longtemps à dérouler ces tranches vie en clair-obscur. Quant à moi, il me semble attendre toujours quelque chose...

  Michel  Ventura   

 

InvitÈs

Des couturières travaillent dans une pièce faiblement éclairée. Nous sommes dans les jeunes années d'après-guerre. Autour de l'établi, et chacune à leur place respective, elles parlent de leurs enfants, de leur histoire. Elle, la nouvelle, son mari a été déporté en 43. Drancy. Silence. Sa collègue, un peu boute-en-train essaye de la faire rire. Le patron est juif, lui aussi. Cependant, quand il parle de la guerre, ces mots sont durs et sa douleur contenue. Les investigations désespérées de son employé, qui courent les bureaux à la recherche de son mari, le mettent en rage. Ces réactions apparemment contraires traduisent pour moi une même souffrance que traduit la musique yiddish sur laquelle ils dansent et pleurent. La douleur souvent traduite par des silences répétés me pèse pourtant.

  Claire Sophie  Beau   

 

InvitÈs

C'est une pièce qui m'a réellement transportée dans cette période d'après guerre! Beaucoup de gaieté malgré les difficultés de l'après guerre. En effet, j'ai toujours eu l'impression que nos aînés qui avaient 20 ans à l'époque s'éclataient alors que le droit du travail était loin d'être aussi suivi qu'aujourd’hui. Sur les deux premiers tiers, une peinture de l'atmosphère d'après guerre: la suspicion de l'allemand, le tabou sur tout sympathisant éventuel; la remise en route de la confection (mais avec des méthodes artisanales) confrontée aux prémisses des comportements industriels (problèmes d'approvisionnements, de gestion du personnel).
Mais aussi une description de situations tout à fait d'actualité: ce monde clos de femmes avec tous les caractères représentés (l'ingénue, la mère de famille, la fêtarde, la jeune veuve, la femme de 50 ans BCBG) et leurs conflits (jalousie, chamailleries, sous entendus) ; comment éviter de faire des gaffes quand tout le monde a la sensibilité à fleur de peau. Dans le début du dernier tiers, j'ai eu l'impression qu'il n'y avait plus d'élément nouveau qui m'interpellait, qui me captivait. Mais à la fin, j'ai ressenti un regain de dynamisme: le thème de l'industrialisation est repris en la personne du client grossiste qui exige une diversification du produit et démontre à son fournisseur son incompétence sur le nouveau marché. Il y a eu un renversement de situation car le patron fournisseur, à son tour a été confronté à ses dysfonctionnements.

  Christine  Grosjean   

 

InvitÈs

Une chanson populaire des années 1940 puis apparaît l’atelier de couture et son personnel . Chacune se présente, par « madame» et « mademoiselle » suivi du prénom. Je sens là le milieu populaire parisien de l’époque dans son côté féminin, plein de vie et de réparties. L’époque m’est également remémorée par le type de vêtements et la façon de faire (tout à la main). Pour couronner le tout un gros éphéméride sur le mur indique le jour : lundi 6 mars 1945. Puis arrive le patron, Monsieur Léon, juif de même que sa femme et l'une des employées. Il apparaît d’abord distant : il oblige sa femme à annoncer qu’aujourd’hui il n’y a plus de tissu, on termine le travail en cours et on revient demain.
Toutefois, le contexte tragique de la déportation est bien réel même s’il est en toile de fond. Il se présente tout naturellement par les conversations portant sur les difficultés quotidiennes : j’apprends qu’une des couturières (Madame Simone) a son mari disparu, déporté depuis Drancy vers un camp polonais. Elle travaille pour faire vivre sa famille, elle-même et ses deux fils. Son mari devait être juif et elle non puisqu’elle n’a pas été retenue par la police. Depuis plus de nouvelles mais pas non plus d’annonce de décès. Puis arrive le seul homme employé de l’atelier, le repasseur, un ancien déporté qui a survécu. Il explique comment se faisait le tri à l’entrée du camp entre ceux qui étaient « utiles » au travail et les autres auxquels devait très probablement faire partie le mari de Madame Simone du fait de son âge.
Ensuite on suit la vie de l’atelier à travers plusieurs journées s’étalant entre 1946 et 1952. Les conversations sont toujours gaies, on parle de swing, de zazou, des quelques déboires qu’a eu l’une des femmes avec un soldat américain à la sortie d’un bar - décidément du point de vue de l’éducation les soldats allemands devaient être plus corrects, mais bon seulement de ce point de vue ! -. On fête le mariage de Mademoiselle Marie. On s’engueule au sujet du travail mais aussi sur des futilités, et alors brusquement la réalité tragique est rappelée à travers le propos de la femme la plus âgée Madame Laurence qui dit qu’elle est la femme d’un fonctionnaire, elle en est fière, son mari a sauvé des Juifs à ses risques et périls.
Cette réalité revient de temps à autre : Simone qui réalise que son mari est mort et ne peut s’empêcher de sortir pleurer. La réaction d’incompréhension de Monsieur Léon qui voulait boire un coup avec les employés. Le repasseur qui en est profondément choqué et démissionne. En même temps, ce tragique me semble apparaître à point nommé et n’est pas pesant, il n’empêche pas la vie de se poursuivre. Y compris dans la comédie des relations de travail entre le patron (il se plaint du travail mal fait, évoque la concurrence), ses employés (regardez la belle boutonnière !, on-veut-un-meilleur-éclairage,..) et le client attitré Monsieur Max qui se plaint n’avoir reçu que du 40 !. Comédie me paraissant toujours d'actualité. Comédie contenant toutefois la tragédie : la veste mal taillée est renvoyée avec le mot « c’est une veste pour un mort », j'ai tout de suite repensé à la déportation.
En bref cette pièce m’a fait vivre cette époque malgré l’incertitude qui pesait sur les déportés disparus, et elle est bien illustrée par l’émouvante scène finale où le fils aîné de Madame Simone assure qu’il va travailler pour faire vivre sa maman en observation à l’hôpital, et qu’il est bien un homme, lui qui préfère les Russes, qui ne veut pas de ce manteau de femme et qui ne veut pas embrasser le nouveau repasseur mais lui serrer la main.

  Yves  Minet   

 

InvitÈs

D'abord la musique, de "Lili Marlene" à "Maréchal nous voilà", qui me plonge dans l'atmosphère: la seconde guerre mondiale ou plutôt juste après sa fin. Un lieu: l'atelier de confection d'un tailleur juif, Léon, et de sa femme Hélène.
Les personnages se dessinent peu à peu: les petites mains, cinq femmes qui se crêpent le chignon, pleurent, se réconfortent, racontent leur quotidien... L'une d'entre elles se marie, l'autre court les bals et les américains, la troisième endosse le rôle de vieille acariâtre, la quatrième s'occupe de sa petite famille d'une main qu'elle voudrait de fer - admettant par inadvertance qu'elle préfère les allemands aux américains -, et la petite nouvelle va de bureau en bureau afin d'obtenir le certificat de décès de son mari, qu'elle obtient finalement: "mort à Drancy en 1943" parce que l'on n'écrit pas la destination sur un acte de décès...
Cette pièce me parle de la dificulté à se reconstruire lorsqu'on perd ses repères sociaux; de l'impossiblité à faire le deuil lorsque l'on a perdu sa famille entière. Me fait prendre conscience du poids qu'ont ces phrases qui restent en suspens, ces silences qui m'ont laissée au bord des larmes.
Comment accepter-après ce qui vient de se passer et dont on peine à prendre conscience- d'être toujours considérée comme juive, de voir son malheur réduit en une quantité négligeable puisqu'il est devenu monnaie courante... Peut-on regarder en face ce qui s'est réellement passé, recommencer une vie banale, élever ses enfants sans savoir quoi leur dire. "Nous en savons déjà trop" pense Léon, insomniaque et hanté par les souvenirs des disparus, qui aimerait que sa vie reprenne son cours et se tourne enfin vers les vivants.
Cette pièce m'a en même temps fait réfléchir aux femmes de cette époque, à travers le personnage de la nouvelle couturière, mariée par arrangement, qui apprécie sa nouvelle indépendance -non désirée- et celui de l'acariâtre dont la seule fierté est le statut de fonctionnaire de son mari. Leur place et leur condition semble être la seule référence stable de cette société complètement chamboulée qui se reconstruit comme à contre coeur.

  Claudine  Texier   

 

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