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Le Fou et sa femme ce soir dans Pancomedia
Botho STRAUSS

 

Genre :

  Théâtre
Mise en scène :  Jean-Pierre VINCENT
   Avec : les élèves de troisième année de l'Erac Arnaud Aldigé, Karim Ben Haddou, Xuan Dao, Sandrine Debernardi, Alexandre Durand, Leslie Evrard, Stéphane Gasc Laetitia Giraud, Alexandre Ladroit, Erwann-Kwami Leduc, Alexandre Le Nours, Edith Merieau, Houda Nelson, Macha Petina, Adrien Sourdot, Nadège Taravellier, Philippe Crubézy, Pierre Gondard
Adaptation de : publiée chez l’Arche
Traduction de : Bernard Chartreux, Eberhard Spreng, Jean-Pierre Vincent
Décor : Jean-Paul Chambas
Costumes : Fabrice Chiaramelli
Lumière : Alain Poisson
Dramaturgie : Bernard Chartreux
Durée :  4 heure(s) et 0 minute(s)

Planning :
 

Théâtre Europe ( Gymnase Aubanel)
rue Plalapharnerie   Avignon
Tel: 0490141414
  du 06/07/2002 au 13/07/2002 à 18:00
sauf lundi 8 juillet relâche
   
Bobigny MC 93 ( Bobigny )   du 05/11/2002 au 24/11/2002



Que ce soit dans ses grandes comédies dramatiques, dans son théâtre sans fable, dans son théâtre du récit, Botho Strauss a toujours écrit un théâtre de la modernité. Constatant la disparition “du politique” de l'intime de nos vies, il propose avec Le fou et sa femme ce soir dans Pancomédia une fable sur le non-dit, sur le refoulé à travers des histoires de couples qui ne se supportent plus. La forme générale penche plus vers une comédie à l'américaine qu'elle soit cinématographique ou télévisuelle (avec des références aux sitcom que l'on zappe à la demande). Botho Strauss, tel un Petit Poucet parsème son texte de petits cailloux littéraires, références aux grands auteurs, de Dante à Kleist en passant par Marivaux et Aristophane. De cette structure morcelée et fragmentée surgit un matériau dont se sont emparés Jean-Pierre Vincent et les élèves de Troisième Année de l'E.R.A.C. Dans cet hôtel de luxe qui n'en est pas vraiment un, ils se saisissent de ces personnages sans passé et sans avenir qui viennent d'un infernal dehors, traversent le purgatoire de la réception de l'hôtel avant d'atteindre peut-être le paradis dans les chambres d'étages. Tout cela se passe dans un Berlin qui, bien sûr, n'est peut-être pas vraiment Berlin.

InvitÈs Témoignages des spectateurs

InvitÈs

Me suis-je trompé de lieu ? je venais voir une pièce de théâtre et je me retrouve à une lecture publique d'un roman de Sylvia Kessel. Je déteste ce genre d'exercice, je n'aime pas qu'un tiers lise pour moi, fût-il l'auteur. La lecture, c'est le néant et le silence à l'extérieur, la vie et la fièvre dans mon crâne ; et surtout j'en suis l'acteur principal. Et Sylvia, coiffée de son béret rouge continue sa lecture rasante, soporifique jusqu'à ce qu'un auditeur l'interrompe du fond de la salle, lui pose des questions, la déstabilise au point de la rendre quasiment dyslexique. Cet auditeur est en fait un éditeur indépendant, Zacharias Werner vêtu de noir, portant sac à dos et couvert d'une casquette visière en arrière. Il veut publier le roman de Sylvia, l'arracher aux griffes des grosses maisons d'édition. L'histoire, les histoires, se déroulent dans le cadre d'un grand hôtel de luxe de Berlin mais il en en existe des copies plus ou moins conformes dans toutes les grandes villes. Je n'ai pas réussi à compter le nombre d'histoires qui se croisent sous l'arcade, style art contemporain, de l'hôtel, encore moins le nombre de personnages qui traversent le hall, chacun avec son fragment de vie, chacun avec ses délires, ses obsessions, ses fantasmes, ses problèmes du quotidien. De nombreux thèmes se succèdent, à peine esquissés, à peine effleurés, si bien qu'il ne m'est pas facile de toujours deviner le propos. Peut-être n'y a-t-il rien à deviner! Les phobies, les parents surmenés qui n'ont plus de temps à consacrer à leur enfants, la recherche d'une ligne parfaite au gramme près, la vénération d'une icône, la femme objet, l'homme objet, la honte de la maladie où comment une crise d'épilepsie est poétiquement décrite par la malade comme un déchaînement des éléments sur sa seule personne, nécessitant presque une météo individualisée,… me semblent être quelques-unes des questions soulevées au cours de la représentation. Ces développements dans tous les sens ne m'aident pas à m'accrocher, me perturbent, ne me laissent pas le temps de m'installer confortablement dans une intrigue. Bien sûr, il y a l'histoire de Sylvia et Zacharias qui peut éventuellement servir de fil conducteur, mais non même pas ; ils passent par différents états d'âmes, surtout Sylvia qui est tout à tour grincheuse, stressée, colérique, violente, amoureuse, moqueuse, désabusée. Il n'y a pas que les états d'âmes qui sont changeants : leur physique aussi se modifie, leur visage, leurs cheveux, leur taille… Seule la tenue vestimentaire me permet de comprendre qu'il s'agit toujours de Sylvia et Zacharias. J'ai l'impression qu'à chaque changement d'humeur de ces personnages correspond un changement de comédien, lequel apporte sa propre personnalité au rôle. Et chaque fois, j'ai le sentiment qu'il s'agit d'une saynète de plus au milieu de toutes les autres. Ce kaléidoscope ne m'a pas franchement ennuyé mais mon cœur n'a pas fait boum! boum! pas plus que mon esprit ne s'est envolé vers un univers imaginaire ou nostalgique. Exception faîte des interventions d'Alfredo et Vittorio. Ils représentent l"ancienne variété" comme ils se définissent eux-mêmes, saltimbanques d'un autre âge, clowns de mon enfance, avec leur grosse valise, leurs mimiques à faire rire ou à faire pleurer au choix, leur maladresse, leurs fringues ringardes. Chaque fois qu'ils apparaissent, je redescends à six sur l'échelle du temps, je suis au cirque, le bon vieux cirque à roulottes, le dresseur vient de ressortir sa tête de la gueule du lion, et avant de trembler en regardant, fasciné, les voltigeurs, Alfredo et Vittorio calment mes angoisses, détendent mon corps et mon esprit et m'insufflent un peu de leur joie de vivre.

  Jacques  Benhaim   

 

InvitÈs

Le fou et sa femme ce soir dans Pancomedia. Ce titre a résonné pour moi comme une annonce de spectacle: ce soir, à Bobigny, vous allez assister Mesdames et Messieurs aux péripéties amoureuses d’un couple étrange dans une comédie étourdissante. Pas exactement . Pas du tout même. Alors que je me retrouve en position d’exaucer un rêve profond, celui d’observer le hall d’un hôtel pendant toute une soirée, sa vie et ses révélations cachées, bizarrement, je n’en retire pas la satisfaction, l’excitation escomptée. C’est peut-être parce que l’Hôtel Confidence n’est pas un hôtel comme les autres, ou l’est-il trop au contraire? J’ai la sensation de squatter ce lieu et de pénétrer des intimités, à regret. C’est le propre du théâtre répondra-t-on. Certes. Mais squatter est le bon terme car l’hôtel Confidence, bien que grouillant de clients, semble désespérément vide car les gens n’y font que passer, car la communication y semble vaine. Tout se bouscule, tous se bousculent. Du hall d’entrée au salon, en passant par l’ascenseur, les gens se croisent, se parlent sans pour autant se toucher, me toucher. L’écrivain au béret rouge se heurte sans cesse à l’éditeur au sac à dos, à l’énorme animal commercial de l’édition, et tangue sans cesse au bord du gouffre. La comptable de l’hôtel choisit quant à elle l’abîme de l’ascenseur pour concrétiser ses rêves: devenir garçon d’ascenseur. Elle échoue elle aussi. Quant à la belle brune plantureuse, son amant la frappe à coup de pierres par simple jeu, pour mieux asseoir sa supériorité sur la femme objet. “Toute femme n’est qu’un panneau indicateur vers celle qui la suit”, voilà tout est dit! Inutile de détailler les saynètes: elles s’enchaînent à un rythme trop effréné pour que je puisse saisir les détails des relations humaines, ni le caractère même des personnages. Les comédiens échangent d’ailleurs leur rôle ce qui ne me facilite pas les repères. Seuls le duo de clowns, représentants de l’ancienne nouvelle vague, apporte des paroles de sagesse, à la manière d’un chœur antique. Une mélodie surgit régulièrement semblant étouffer le son des voix comme pour mieux donner à voir la dérive humaine. A chaque entrée ou sortie de l’hôtel, les rideaux qui entourent la scène s’ébranlent, doucement, violemment, selon, mais finissent toujours par s’immobiliser. Alors que les clients de l’Hôtel Confidence, eux, s’évertuent encore à obtenir une reconnaissance.

  Anne-Sophie  Labadie   

 

InvitÈs Dossier de Presse

InvitÈs

Botho Strauss est né à Thuringe, en R.D.A., en 1944. Il est avec Heiner Müller l'auteur dramatique allemand contemporain le plus joué en Europe. Il s'impose au public par ses fresques sur la solitude, l'enfermement, les situations d'incommunicabilité. Ses principales pièces jouées en France sont La Trilogie du revoir, Grand et Petit, Le Parc, Le Temps et la Chambre. Le fou et sa femme ce soir dans Pancomédia est publiée chez l'Arche.


Jean-Pierre Vincent, le metteur en scène

Jean-Pierre Vincent est né à Paris en 1942.Il entre au lycée Louis-le-Grand en 1958 et se joint au groupe théâtral de l'établissement,groupe qu 'il dirige de 1963 à 1965,en compagnie de Patrice Chéreau.C 'est là qu 'il fait ses premières armes  : il y aborde le jeu,puis la mise en scène avec la Cruche cassée de Kleist et Scènes populaires d 'Henri Monnier.Le groupe de Louis-le-Grand devient peu à peu professionnel,joue à Gennevilliers (1965)et s 'installe à Sartrouville en 1966.
En 1968,il a l 'occasion de signer sa première mise en scène professionnelle au Théâtre de Bourgogne. Il rencontre Jean Jourdheuil,qui collabore ensuite avec lui au titre de dramaturge. Ensemble,ils montent d 'abord la Noce chez les petits-bourgeois de Brecht (1968), puis Tambours et Trompettes du même auteur (1969 ), les Acteurs de bonne foi d 'après Marivaux (1970),le Marquis de Montefosco d 'après Goldoni (1970),la Cagnotte d 'après Labiche (1971)et Capitaine Schelle,Capitaine Eçço de Rezvani (1971).
En 1972,Jean-Pierre Vincent et Jean Jourdheuil fondent le Théâtre de l 'Espérance. Politiquement engagée, la nouvelle compagnie puise beaucoup de textes dans la dramaturgie allemande et monte, entre autres, Dans la jungle des villes (1972)et la Noce chez les petits-bourgeois (1973)de Brecht, Woyzeck de Büchner (1973), Dom Juan et Faust de Grabbe.
En 1975,Jean-Pierre Vincent est nommé directeur général du Théâtre national de Strasbourg. Il amorce son mandat en dirigeant les étudiants de l 'École du TNS dans la Mère de Brecht (1975).Il y monte notamment Germinal,projet sur un roman d 'après Émile Zola (1975),le Misanthrope de Molière (1977), Une livre à vue et Palais de la guérison de Sean O 'Casey (1978), Vichy-Fictions : Violences à Vichy de Bernard Chartreux (1980) et Convoi avec Ruines de Michel Deutsch (1980), Palais de Justice (1981) et Dernières Nouvelles de la peste (1983).
À la fin de son mandat au TNS,Jean-Pierre Vincent réalise à la Comédie-Française la mise en scène des Corbeaux d 'Henry Becque (1982).Quelques semaines plus tard,il est nommé administrateur de la Comédie-Française. On lui doit l 'entrée au répertoire de Félicité de Jean Audureau et du Balcon de Genet,dans une mise en scène de Georges Lavaudant,la venue de Klaus-Michaël Grüber pour Bérénice de Racine,celle de Claude Régy pour Ivanov de Tchekhov et celle de Luca Ronconi pour le Marchand de Venise de Shakespeare.
En 1990, il assure la direction du Théâtre Nanterre-Amandiers.Il y crée notamment les Fourberies de Scapin de Molière (1990), Princesses de Fatima Gallaire (1991), les spectacles du cycle « Musset Enfant du siècle » : Fantasio et les Caprices de Marianne (1991), On ne badine pas avec l 'amour et Il ne faut jurer de rien (1993), Woyzeck de Büchner (1993), Thyeste de Sénèque (1994 ), les Noces de Figaro de Mozart (1995), Violences à Vichy de Bernard Chartreux (1995), Tout est bien qui finit bien de Shakespeare (1996), Karl Marx Théâtre Inédit (1997), le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, le Tartuffe ou l'Imposteur de Molière (1998), Pièces de guerre d'Edward Bond (1999), Homme pour Homme de Brecht, Mitridate, opéra de Mozart au Théâtre du Châtelet et Lorenzaccio de Musset (2000).En 2001, Jean-Pierre Vincent monte le Drame de la vie de Valère Novarina et L'Échange de Claudel,avant de quitter Nanterre pour redevenir indépendant.
En 2002, il fonde avec Bernard Chartreux sa nouvelle compagnie “Studio libre ”, subventionnée par le ministère de la Culture,et travaille régulièrement avec l 'Ecole régionale d 'acteurs de Cannes,où il participe au comité pédagogique.
Jean-Pierre Vincent a déjà présenté au Festival d'Avignon à la Chapelle des Pénitents blancs en 1971  : le Camp du Drap d 'or de Rezvani et la Vie scélérate du noble seigneur Gilles de Rais de Massimo Dursi  ;en 1973  :En r 'venant d 'l 'expo de Jean-Claude Grumberg ; au Cloître des Carmes en 1972  : Dans la jungle des villes de Bertolt Brecht,mise en scène de Jean-Pierre Vincent, Jean Jourdheuil, André Engel  ; au Cloître des Célestins en 1980  :Peines d 'amour perdues de William Shakespeare  ; dans la Cour d 'honneur du palais des Papes en 1983  : Dernières nouvelles de la peste de Bernard Chartreux  ; en 1985  : la Tragédie de Macbeth de William Shakespeare  ;en 1990  : les Fourberies de Scapin de Molière  ; en 2000  : Lorenzaccio d 'Alfred de Musset ; au Gymnase Aubanel en 1989  : Œdipe et les oiseaux, trilogie  ; en 1990  : Assainissement de Vaclav Havel au Gymnase Aubanel.



ENTRETIEN AVEC JEAN-PIERRE VINCENT, par Joëlle Gayot

"Quatre-vingt personnages sont présents dans le texte. Comment sont distribués les rôles  ?

Si l'on veut montrer un groupe d'acteurs en fin de formation aux professionnels du spectacle, ce qui est un des buts, il faut créer une certaine égalité entre eux. Nous avons choisi de partager le rôle de Sylvia Kessel et celui de Zacharias Werner, qui sont les figures centrales. Ils auront un signe de reconnaissance clair, un vêtement, un accessoire, qu'ils se repasseront. Plusieurs garçons, mais pas forcément tous, joueront Zacharias et les filles se relaieront pour interpréter Sylvia.
Ce partage des rôles raconte d'ailleurs quelque chose de très précis sur ces deux personnages et sur l'humanité particulière des personnages de Strauss  : Kessel et Werner servent de colonne vertébrale  ; quatre-vingt personnages passent autour d'eux avec des scènes à deux plutôt rapides  ; Sylvia et Zacharias structurent en quelque sorte le « roman » de la pièce, mais si on est attentif, on s'aperçoit que ces deux personnages n'ont pas plus de passé ni d'avenir que ceux que l'on rencontre parfois très brièvement. Ce sont des êtres qui flottent. Ils n'arrivent pas à accumuler de l'affect, des sentiments, ils sont, comme la plupart des gens aujourd'hui, perdus dans le monde. Le fait que nos « héros » aient des visages différents, grâce aux acteurs successifs, rejoindra le propos de Strauss.
Depuis plusieurs années, Strauss essaye d'expliquer qu'il existe ce qu'il nomme un monde secondaire (le monde médiatique, de la représentation, de la pub et des reality shows, en d'autres termes, la société du spectacle). Ce monde, pour lui, est en train d'écraser un monde premier, celui de l'homme de la Renaissance, des Lumières, et de la philosophie, l'Européen tel qu'en lui-même. Strauss est un analyste précis, ironique et désespéré, de cette transformation. Il a même pris à ce propos des positions nostalgiques qui ont pu choquer. Dans ses pièces, il piste cette transformation des relations humaines."

Vous créez,avec les élèves de 3 e année de l 'Ecole régionale d 'acteurs de Cannes (ERAC),un texte de Botho Strauss que vous avez également traduit en compagnie de Bernard Chartreux et Eberhard Spreng.Pourquoi avoir choisi des élèves comédiens  ?

Tout d'abord, nous - Bernard Chartreux et moi - avons désormais une relation de travail régulière avec l'ERAC. Dans ma vie professionnelle, j'ai toujours été porté vers l'enseignement, et plus généralement à me retourner vers ceux qui viennent après nous. C'est un besoin, non pas seulement de transmettre, mais de me remettre au travail avec les nouvelles mentalités et les énergies qui arrivent. Cela permet en outre de ne pas se contenter d'un savoir-faire. Si j'ai des choses à transmettre, une expérience, des réflexions, j'ai aussi à réapprendre sans arrêt mon art à travers l'enseignement. Ces élèves qui ont environ vingt-cinq ans ne ressemblent pas aux générations d'avant, celles que j'ai connues au TNS ou au Conservatoire. Ils ont encore un autre rapport au monde, à ses beautés et à sa catastrophe.

Il y a seize comédiens. Chacun d 'eux trouvera son compte dans une pièce, qui, au fond, aurait pu être écrite pour eux  ?

Elle a été écrite pour des acteurs majoritairement jeunes. Peter Stein en a passé commande à Botho Strauss lorsqu'il a monté l'intégrale du Faust de Goethe. Il y avait là beaucoup d'acteurs, jeunes pour la plupart, qui jouaient des petits rôles. Stein a demandé à Strauss d'écrire, en contrepoint du Faust, une pièce pour eux. Pour ma part, j'ai le projet d'engager deux acteurs plus agés. Il y a des personnages plus âgés, qu'on ne peut ni couper ni transposer. Il sera pédagogiquement intéressant de mêler à des élèves en fin de scolarité des professionnels expérimentés.

Autour de ces deux figures centrales,tout est très éclaté,explosé.Est-ce une structure qui reflète également la société actuelle  ?

Le monde n'a plus de centre, et plus de centre affectif non plus. La romance entre Sylvia Kessel et Zacharias Werner, même si elle est ratée, n'est pas là pour déclencher une quelconque identification du spectateur. Dans le moindre feuilleton télévisé, on se débrouille pour que le public adhère et aime l'un ou l'autre des « héros ». Nos héros n'appellent pas l'adhésion  : nous les regardons simplement vivre. A la fin, nous n'en savons guère plus sur eux que sur tous les passants étranges qui les entourent.

Pensez-vous que cette mise à distance,ce refus de l 'empathie sont nichés dans l 'écriture même de Strauss  ?

Strauss est paradoxal. Grand héritier de Tchekhov, il est un extraordinaire dialoguiste, un constructeur de scènes et un fouilleur d'âmes. Aujourd'hui il s'est rendu compte, à tort ou à raison, que le monde n'a plus d'âme, que les personnages, donc, n'ont plus à en avoir et que les spectateurs, quoi qu'ils en pensent, n'en ont pas davantage. Ainsi, Strauss, armé de la technique tchekhovienne, parle d'un monde où le sentiment est ravagé par ce qu'il appelle le monde secondaire. Tchekhov aussi en avait l'intuition et raillait tout autant le sentimentalisme de ses personnages.

Mais il reste chez Tchekhov une souffrance palpable.Ne trouvez-vous pas que Botho Strauss met en scène des personnages vidés ou purgés d 'humanité qui ressemblent au fond à des marionnettes  ?

Pas tout à fait  : cette inhumanité est très humaine  ! C'est notre humanité  ! Les personnages entièrement éclatés de son théâtre d'aujourd'hui sont les petits frères des personnages de ses grandes comédies des années soixante-dix / quatre-vingt. Cette pièce représente, à mon sens, un pas important dans l'histoire de l'écriture de Strauss. Dans les années quatre-vingt-dix, il a écrit des textes qui tendaient de plus en plus à être des pièces à sketchs. Elles racontaient successivement plusieurs histoires très courtes, qui apparemment n'avaient d'autre lien entre elles que d'être des mini épisodes de la vie contemporaine. Il n'y avait plus du tout de fable centrale. Avec le Fou et sa Femme ce soir dans Pancomedia, il en remet une, celle de Sylvia et Zacharias, mais justement avec des personnages qui sont par nature incapables de constituer une histoire centrale.

La pièce est un matériau. Il y a pléthore de personnages,elle traverse plusieurs situations,plusieurs registres de jeu,elle multiplie les entrées et les sorties. Il y de quoi faire travailler intensément ces jeunes acteurs  ?

Les comédiens du groupe 11 de l'ERAC ont un potentiel de légèreté d'esprit, d'habileté naturelle au croquis, à créer un personnage très vivement et rapidement cerné. Ils sont doués pour ça. Reste maintenant à travailler  !.. Chacun d'entre eux sera vu sous cinq ou six aspects différents. C'est un magnifique exercice de virtuosité. J'étais content qu'ils accrochent, car aujourd'hui, dans ce sentiment d'entrer dans un monde catastrophique que peuvent avoir des gens de 20 à 25 ans, ils avaient plutôt tendance à chercher du côté de Heiner Müller ou Didier-Georges Gabily, un théâtre de la catastrophe ouverte du monde. Avec Strauss, nous proposons une autre version de la catastrophe, bizarrement plus influencée par la comédie américaine, que par la barbarie des poèmes contemporains. Il s'agit bien de parler de la barbarie mais dans ses aspects les plus subtils, les plus quotidiens, les plus impalpables, pas avec des litres d'hémoglobine. Müller ou Bond parlent du cancer du monde  ; Strauss, de ses très subtiles métastases.

C 'est bien là la complexité du propos  : dégager la gravité,sans négliger la légèreté  ?

L'autre aspect essentiel, c'est la notion de comédie. Pancomédia peut s'interpréter de deux façons  : la comédie de Pan, d'une part, c'est-à-dire un monde aristophanesque d'aujourd'hui. Et pan en grec, voulant dire tout, c'est aussi la comédie universelle. Il y a pas mal de références secrètes car si Botho Strauss est un grand reporter de la vie dans ses petits détails, il est aussi un homme qui essaie constamment de fonder ses réflexions sur la colonne vertébrale de notre histoire d'homo-occidentalis. Evidemment, il y a en plus une référence à la Divine Comédie. Strauss a probablement pensé le monde contemporain comme un purgatoire.

La pièce n 'est pas sans évoquer la danse  ?

La danse et la chorégraphie, oui, mais je ne sais encore comment. Tout se passera dans un espace non pas abstrait, mais dénudé, d'une certaine pureté. En même temps, nous avons besoin d'un mobilier précis et luxueux parce que nous sommes dans un hall d'hôtel chic et que le type de névroses de ces personnages est lié au nouveau monde de l'argent. Si on n'en rend pas compte, on passe à côté. Quelqu'un qui est dans un grand consortium n'a pas les mêmes névroses que quelqu'un qui vit dans un HLM.

La préoccupation n 'est plus l 'amour mais l 'argent,le travail,l 'intégration dans une société professionnelle  ?

Et la survie. Que ce soit des couples amoureux, des couples mariés, des couples de travail, etc., Strauss raconte, la plupart du temps, l'histoire de couples qui ne peuvent plus se supporter et qui sont tenus de continuer à vivre ou travailler ensemble. Cette sorte de difficulté à poursuivre la relation, névrotique, à fleur de peau, est la matière principale, depuis toujours, de son théâtre.

Que vous apprennent ces jeunes acteurs de l 'ERAC  ?

Ils apportent spontanément des réponses. Ils sont plus libres et plus engagés physiquement que les générations d'avant. Ils chantent, ils dansent. Ils semblent prêts, par obligation, à entrer dans le monde tel qu'il est mais qu'ils n'en pensent pas moins. Leurs atouts résident dans cette sorte de virtuosité ludique et très critique par rapport à la société. Ils vont devoir gérer la vie telle qu'elle est mais ils ont une capacité importante d'analyse et de distance qui passe en particulier par leur corps.

 

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