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Ay carmela, vallejo !
Mika ETCHEBEHERE

 

Genre :

  Théâtre
Mise en scène :  Carlos ANDREU
   Avec : Annie Andreu-Laroche, Carlos Andreu.
Adaptation de : Andreu-Laroche Annie
Décor : Décors, costumes et peinture : Annie Andreu-Laroche -
Musique : musique et chant : Carlos Andreu -
Voix Off: Manuela Andreu, Mathieu Bayet -
Durée :  1 heure(s) et 35 minute(s)

Planning :
 

Théâtre du Bourg-Neuf
5 bis, rue du Bourg-Neuf   Avignon
Bus: 1-3-4-5-6-9
  du 06/07/2000 au 30/07/2000 à 23:00
Jours:7
tarif adulte : 85  réduit : 60



Ay Carmela, Vallejo  ! tisse trois voix  : deux musicales, celle du peuple espagnol à travers ses chants de lutte et celle des poèmes de César Vallejo et celle autobiographique de Mika Etchebéhère qui devint à l'âge de 20 ans chef respecté et adoré d'une colonne de miliciens d'Extremadure, hommes sans peur et machos au grand coeur.

InvitÈs Témoignages des spectateurs

InvitÈs

Ce qui m'a donné envie d'aller voir ce spectacle, c'est d'abord la personne qui m'en a parlé avec enthousiasme en me donnant le tract alors que je débarquais à peine de la gare d'Avignon. Mais c'est surtout le thème de ces deux saltimbanques, Carmela et Paolo, contraints de se produire devant des militaires franquistes pendant la guerre d'Espagne qui m'a intéressée. En lisant l'annonce j'apprends qu'à l'issue de cette représentation forcée, Carmela est abattue car elle s'est rebellée. Je me dis que c'est dommage de révéler la fin. En fait je m'étais déjà fait une idée a priori d'une certaine construction narrative de la pièce. Fort heureusement pendant la représentation je suis complètement déroutée par rapport à cette idée préconçue.
Pendant le spectacle, j'ai vraiment senti un théâtre en train de se faire sous mes yeux. J'ai vu des êtres vivre et avoir peur, s'émouvoir et s'enflammer: Carmela, la femme, prête à prendre tout le malheur du monde sur ses épaules, et Paolo, l'homme, tout simplement préoccupé de leur survie à tous les deux. Carmela apparaît tantôt vivante tantôt morte, au gré des flash-back. Carmela vivante est pleine de feu et de compassion, au point que Paolo ne pourra pas la contraindre à renier ses convictions. Cet affrontement, parfois comique, nous renvoie à de grandes questions sur la compromission et l'engagement des artistes en particulier, et de chacun en général.
Je trouve beaucoup de beauté et de sérénité dans le dialogue qui s'établit entre Paolo et Carmela morte quand elle revient à plusieurs reprises le voir: c'est si rassurant de pouvoir continuer à se parler après la mort. A la dernière scène Paolo prend Carmela dans ses bras, il la porte et la bouge dans tous les sens sans qu'elle ne réagisse. Elle continue à parler, à dire ces choses qui expliquent son destin. Mais elle n'a plus de corps: elle n'est plus que parole. Et en entendant le dernier mot qu'elle répète plusieurs fois, je ressens avec une très grande émotion ce sens qu'elle a donné à sa vie.

  ANNE  ROUGEE   

 

InvitÈs

Décor minimaliste : la scène noire n'est occupée que par une tranchée de manteaux, une malle... et deux comédiens. La mort de l'homme introduit la guerre d'Espagne, réminiscence ? Présent ? La scène se joue-t-elle, le livre est-il écrit ?
La lecture du livre de Mika Etchebehere, sa guerre d'Espagne, est prétexte à un fond sonore, la voix se fait mélopée hypnotique qui nous entraîne au delà des mots et des planches. Mélopée qui bientôt se confond avec les bruits de canons de la guerre. Car c'est de guerre que l'on nous parle, de la guerre d'Espagne, contre les fascistes, contre un jeu de quille qui avance en carré et qu'il faut renverser.
De la montagne de manteaux sort une guitare sans âme, morte elle ne sonne plus, morte comme autant de soldats sacrifiés aux balles perdues ; morts... eux aussi ne sont plus. Les morts ne résonnent plus que par leurs chansons, ces chansons révolutionnaires qui sont la voix de la révolution. Y-a-t-il une révolution sans chansons pour l'incarner ? La carmagnole résonne encore en France de ses accents vengeurs !
La femme commandante, dressée au dessus de ses troupes, dressée au dessus du désir des soldats, telle une vierge inaccessible, qui refuse son corps par soucis de préserver cette image, cette femme sur le front, sa voix se confond avec celle de la conteuse. Alternance entre l'histoire contée et l'histoire qui se déroule.
On se croirait dans un grenier. On croirait entendre nos grand-parents, ils essaieraient de nous faire vivre leur guerre d'Espagne, celle qu'ils auraient vécue. Et nous, avec nos images, la visualiserions. Les chants révolutionnaires omniprésents, chantés de cette voix profondément espagnole, voix éraillée, voix de milliers de soldats rassemblés en une seule. Oublions la naïveté de la mise scène et des décors qui nous montre un chien réduit à un tas de chiffons, qui nous donne pour arme guerrière un pistolet en plastique. Ils ne sont qu'artifices. Cette voix, elle, est bien réelle.

  Frédéric  Bourg   

 

InvitÈs

Une femme dans la révolution espagnole, point de vue inattendu ! Pas une infirmière ou une cantinière, non : une capitaine qui reprit le commandement d'un groupe à la mort de son compagnon. Etranges rapports entre elle et ses "hommes", des rapports nouveaux, à construire : comment conquérir une autorité, conserver le respect quand on est une femme au pays des machos ? Un tout jeune homme vient d'être tué, elle pleure... un homme lui reproche ses larmes, tare féminine, elle se révolte... Le jour, sang de la guerre qui tache les chemises... la nuit, sang menstruel sur un tampon qu'elle brûle en secret... Entre la solitude de son sexe et la solidarité révolutionnaire, la lutte continue. L'histoire de cette femme me touche au plus profond de moi-même : je la plains, je l'admire, je voudrais lui ressembler. Cette histoire est ponctuée de chansons magnifiques, chansons de la guerre, chansons de l'espoir, et de poèmes de Cesar Vallejo, chantés ou dits : images, cris, sensations, échos... Au début la mise en scène semble très simple : pas de "costumes", un décor minimaliste, et seul un couple en scène. Et pourtant quelle richesse, que d'images qui surgissent tout à coup de ces presque riens : une guitare cassée, "morte", un dessin, dans la poche d'un vêtement ensanglanté... Je sens comme une boule dans la gorge quand l'homme râcle le sol avec une vieille pelle, dessinant sur la scène un rectangle aux dimensions humaines... Parfois je souris aussi : même dans la guerre, il faut bien trouver des occasions de rire, fuir l'angoisse. A la fin du spectacle, nous revenons au présent : que faire de ce passé ? Qu'en reste-t-il ? Il en reste ces chansons, ces poèmes, et cette flamme dans les yeux qu'ils ont tous deux... J'ai envie de les embrasser, de chanter avec eux, "prometemos resistir, ay Carmela ! " Car l'histoire, l'Histoire, n'est pas finie...

  Sandra  Duval   

 

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