Regard vers l'extérieur...
    
Heureusement, nous ne sommes pas les seuls sur le web à faire vivre le théâtre ! Mais nous avons voulu concevoir cette rubrique plus comme une revue de presse que comme une série de liens ou d'adresses.
 

      La revue Théâtre Magazine<
 

Théâtre Magazine

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant, dans le métro, de grandes affiches pour un nouveau magazine de théâtre intitulé "Théâtre Magazine". Un nouveau venu, trimestriel, tirant à 40 000 exemplaires. Il faut dire que la presse théâtrale n'est pas spécialement grand public. On trouve Le Journal du théâtre, Cassandre, qui s'adressent plutôt aux initiés ou aux amateurs éclairés. D'autres revues de qualité sont d'une ambition encore plus élevée, comme l'excellent "Théâtre/Public" du théâtre de Genevilliers. Théâtre Magazine fait le pari inverse: gagner au théâtre un public nouveau ou trop timide en en parlant avec les codes journalistiques du cinéma ou de la télévision. Et de fait, la maquette du magazine ressemble assez à celle de Studio ou de Première. Cela fera grincer quelques dents: le théâtre n'est-il pas cet ilôt de création artistique qui n'est pas devenu une industrie, tant il est dépendant du corps singulier de l'acteur et d'un instant privilégié ?
Certes, mais dès lors le risque est grand de le voir devenir une pratique de plus en plus confidentielle, élitiste, inabordable socialement et financièrement. Laissons là ces débats et ces procès d'intention, jugeons sur pièce.
Ce premier numéro s'ouvre par un texte magnifique de Didier Bezace, qui n'est pas le plus commercial des metteurs en scène français (il a signé dernièrement une mise en scène du "Narcisse" de Rousseau). Il a cette phrase: "Si le théâtre était la vie, elle serait insupportable, si la vie ne pouvait être déjouée au théâtre, elle serait invivable." Pour commencer, quelques pages de brèves agrémentées de dessins désopilants, puis les indispensables critiques, accompagnées, et c'est bien agréable, de grandes photos de scène où apparaissent parfaitement les décors.
Suivent quelques coups de projecteurs sur une compagnie, un acteur, un directeur.
Le dossier du numéro est consacré au "bonheurs du théâtre": 50 personnalités (principalement des metteurs en scène) racontent en quelques mots en quoi le théâtre leur apporte du bonheur. Il y a de très bons morceaux, des éloges plus convenus, mais le tout a le mérite de montrer les visages de ceux qui font le théâtre en France.
On trouve ensuite "La gazette des spectateurs", quatre pages où s'empilent des réflexions de spectateurs sur le théâtre en général. Là aussi, il y a de belles choses, dans un ensemble assez inégal. Contrairement aux apparences, l'idée est assez éloignée de celle de Passion Théâtre sur Internet. Dans un cas c'est une libre parole, une sorte de courrier des lecteurs inspirés, dans l'autre l'application encadrée et centrée sur un spectacle d'une charte rédactionnelle précise.
On enchaîne avec un débat instructif sur le théâtre à l'école, l'actualité du théatre à l'étranger, l'élaboration des décors de "KING" à la Colline, etc.
Enfin un guide des pièces à venir, indispensable pour un trimestriel, puis, last but not least, quatre fiches très bien faites sur des pièces, des lieux, des auteurs, des metteurs en scène.

En conclusion, j'ai eu une très bonne surprise. C'est une initiative à suivre, quoi qu'on en pense. Sans raccolage, voilà une revue aérée, attrayante, une fenêtre sur théatre qui, je l'espère, ne pourra produire que de bons effets sur le néophyte. Souhaitons-leur bonne chance pour Avignon, où le magazine sera bien sûr en nombre dans tous les kiosques.

Dalibor Frioux


      La revue Cassandre
 

Cassandre

Cassandre... Pourquoi ce titre ? Parece que Cassandre est un personnage de la tragédie grecque, mère de notre théâtre ? Parce que Cassandre est celle qui annonce l'avenir avec justesse, mais que personne ne croit ? Parce que, simplement, c'est un nom dont la musique sonne harmonieusement ? Un peu des trois, peut-être, mon général ! Cassandre est le titre d'un mensuel qui existe depuis un peu moins de trois ans. Son créateur est Nicolas Roméas, chroniqueur à France Culture. Il veut en faire un " service public de l'information théâtrale ". Pourquoi ? Pour tenter de combler un vide. les journaux généralistes, quotidiens et magazines, n'ont pas la place de rendre compte de la richesse et de la diversité des expériences culturelles du pays. Il se bornent à nous informer des productions les plus connues, à Paris et dans les grandes villes. Cassandre veut informer, débattre, voire polémiquer, sur toutes les initiatives, aider à faire connaître de nouveaux talents, y compris et surtout ceux qui sont ignorés des médias traditionnels. La revue s'est élargie à tous les arts vivants (théâtre, musique, danse). Objectif pédagogique, qui ne peut qu'inciter ses lecteurs à ouvrirgrands les yeux et les oreilles, à faire preuve de curiosité. Objectif qui ne manquera pas d'intéresser les PTIstes, animaux naturellement curieux de tout ce qui touche à l'art vivant, naturellement amateurs d'inédit et de découverte.

Je suis allée me promener sur le site de " Cassandre ". Ce que j'y ai glané est intéressant et varié : intervention d'un sociologue, chronique sur la vie d'un théâtre, critiques... Le ton est souvent " intello ", mais les sujets sont assez variés pour que chacun y trouve son miel. Le public est également présent, et cela aussi ne peut qu'intéresser les Ptistes qui se veulent spectateurs actifs plus que consommateurs de culture. J'ai lu avec émotion le témoignage de l'abonné 001 du théâtre de la Ville, un monsieur de 87 ans, spectateur passionné depuis l'âge de 14 ans ! Que de souvenirs dans sa tête et dans son coeur ! J'aimerais le rencontrer...

Je pense que je ne me contenterai pas de la version " web " de Cassandre, et que j'irai bientôt fouiner dans les librairies spécialisées à la recherche de ce bon vieux papier, idéal pour lire et relire...

Isabelle Sabatier